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L’individualité de la décade de l’aube

jeudi 2 février 2012, par Pierre Dortiguier

Une image non religieuse ou politique, mais esthétique, qui est donc expressive, ou parlante, et fut employée par un génie de l’art dramatique pour en expliquer un autre, dont il épousa la fille, Richard Wagner, à propos de Franz Liszt, dirait bien ce que, sur l’Iran islamique, peut inspirer à un voyageur ou à un critique la célébration de cet événement de la Décade toujours recommencé, mais jamais identique dans sa créativité ! En fait, chaque année présente une situation, comme un nouveau danger à affronter, et ce sont les caractéristiques de celui-ci que sera capable, nous l’espérons, de mettre en lumière la foi des participants aux manifestations populaires que nous eûmes, en compagnie de notre compatriote du Sud-Ouest de la France, l’auteur politique bordelais M. Thierry Meyssan, l’honneur de constater l’an dernier.

En parcourant une lettre publiée aussitôt dans une revue musicale saxonne, de mars 1857 à certaine femme aristocrate,la princesse Marie Say-Wittgenstein, au temps où cette épithète désignait une preuve ancienne ou actuelle, renouvelable d’un comportement vainqueur de la médiocratie, une image nous frappe : celle de la garde et de la lame qu’anime l’escrimeur. Faisant allusion à ceux qui se gorgent de concepts, mais ne savent pas agir, comme aujourd’hui l’impuissance actuelle des Frères Musulmans ou des « cols révolutionnaires » wahabites à se dégager de la stratégie états-unienne et sioniste qui les pousse à assassiner la Syrie, comme hier à livrer la Libye aux vautours états-uniens, le démontre assez, Wagner a une formule : « Epées sans lames » !

Chacun voit, commente-t-il, ce que c’est qu’une garde suspendue au vestiaire des escrimeurs, mais elle est en réalité, dans l’action, tenue cachée et fermement par une main solide qui en a le maniement. Les critiques de ce jour, que sont les médiats mondiaux dissertent sur cette garde, en l’occurrence, sur le concept de l’Islamisme ou du « républicain », du « démocratique », mais oublient que le but de cette forme et de l’énergie qui emploie et manie cette garde est de frapper avec la lame ! C’est ce qui distingue le concept de la foi islamique et politique, culturelle au sens plus synthétique forgé par l’individualité de l’Imam Khomeiny, d’heureuse mémoire, du mouvement islamique que l’on oppose, à parler franchement, à l’Iran et, redisons-le, à ses frères de la région, de l’Irak à la Syrie.

On ne saisit peut-être pas assez, en effet, dans le monde des colonies restantes musulmanes, encore moins chez les colonisateurs anciens, l’aspect unique, au sens d’un art politique original, représenté par la naissance ou le Devenir de la Révolution islamique, qui n’est pas le « régime des mollahs » qu’on veut présenter, pas même la dualité du pouvoir dont une partie spirituelle compenserait les excès de la partie matérielle, et inversement : Les deux fléaux d’une balance n’ont jamais été un moteur ! La Décade de l’Aube, à la définir, serait l’influx d’une individualité, celle de l’Imam d’heureuse mémoire, sinon, dans l’éclaircissement mystique de la foi chiite, de l’Imam du temps (que Dieu hâte sa venue !) sur l’individualité d’un peuple ainsi recrée ou animée par lui.

La dizaine de jours célébrée montre une métamorphose de l’esprit politique et de l’âme populaire en quête d’une affirmation éthique, noyau de tout religion réelle, sans quoi celle-ci serait la coquille vide dont les Qatar sont les musées vivants. Dans cette marche le peuple et ses élites s’affrontent à une réalité toujours débutante, celle qui porte véritablement et avec dignité, le nom de l’aube ; l’aube n’est pas exactement le point du jour, comme on le dit, mais la préparation à ce départ, une reconquête de soi avant d’entrer dans la marche du temps : Wagner l’exprime ainsi avec le sens philosophique allemand enthousiaste, certes, mais précis « Dans ce que nous sommes, nous nous valons certes, et l’espèce est peut-être l’unique vérité ; mais, dans notre façon d’envisager les choses, nous sommes si inégaux que, littéralement, nous demeurons toujours étrangers à nous-mêmes. En cela consiste l’individualité, et quelque objectif que soit son développement, c’est-à-dire quelque compréhensive et pleine de son sujet que soit notre façon de voir, elle présente toujours une caractéristique qui n’appartient en propre qu’à l’individualité particulière. Mais ce n’est que par l’intermédiaire de cette caractéristique que la façon de voir se communique ; celui qui veut s’approprier celle-ci ne peut le faire qu’en admettant celle-là ; pour voir ce que voit autrui, il nous faut le voir avec ses yeux, et cela l’amour seul peut le faire. Quand nous aimons un grand artiste, nous voulons dire que ces mêmes caractéristiques individuelles qui lui permirent de créer sa conception, nous les faisons nôtres aussi en nous appropriant celle-ci ».

Dans les épreuves infligées à l’Iran et qui s’étendront à l’Eurasie ambiante, il y a une découverte en effet, par l’Iran révolutionnaire, de sa propre étrangeté, car l’Iran, à la différence des pays où la révolution passée est un acte d’autosatisfaction des jouisseurs de places, se sent comme porteur d’une réalité qui se manifestera à chaque anniversaire de sa propre construction. Et si l’on est surpris de ce sentiment d’étrangeté dans un monde qui cherche à se rassurer en baissant le niveau d’affrontement au réel, au prix cher des auto-illusions sur les places publiques où s’assemblent des esprits échauffés par les mots mais sans idées réelles, ce qui les rend mieux déplaçables sur les échiquiers des puissants du jour, il faut savoir qu’entre l’homme qui est et l’homme qui veut, la distance est divine, et demeure pour cela toujours occultée…

 
 
 
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