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L’indépendance des Espagne

lundi 5 novembre 2012, par Pierre Dortiguier

L’histoire nationale de l’Espagne est pluraliste, et quand on parle traditionnellement des Espagne, ce n’est pas une référence à l’Empire euro-américain, mais aux divisions du pays qui, de l’Andalousie musulmane reconquise par les Chrétiens jusqu’au pays basque peu peuplé mais à la langue, aux mœurs et à l’architecture spécifique, en passant par la Galice plus proche du Portugal, et à la Catalogne, n’a pas d’exemple en Europe ! En fait, la frontière naturelle pyrénéenne est un rempart traversé par des invasions, mais aussi un abri contre les révolutions libérales et unificatrices !

Le pays le plus attaché à l’indépendance est la Catalogne, dont l’influence est allée autrefois jusqu’à Naples et en Grèce, lors du duché d’Athènes formé dans les luttes entre la partie latine et orientale de l’Empire dit byzantin ! La langue locale s’est imposée comme officielle, reléguant le Castillan –matrice de l’Espagnol littéraire et religieux- au second rang, ce qui a causé une « déculturation », savoir une entrave aux communications avec l’Amérique latine et le reste du pays ! Mais l’idéologie a été la plus forte : par une tendance de la gauche démocrate à ne se définir que comme une opposition au conservatisme, plus que par une pensée autonome, l’ancien slogan de la guerre civile : "l’Espagne une, grande et libre", dirigée contre les scissions républicaines a fait de la contestation de l’unité nationale le refrain, peut-être sympathique, mais ruineux, car le développement du pays est depuis des décennies, surtout en haute technologie et en finance, dans la Castille, autour de Madrid, dont la supériorité sur Barcelone saute aux yeux ! L’une est un mégapole, l’autre une semi-capitale endettée, et comme une eau stagnante !

Il est vrai que le pays est aspiré par la crise, plus que dans d’autres parties latines ou méridionales du Continent, et que la jeunesse de moins de 30 ans est sans travail, à un taux de 54%, tandis qu’un Espagnol sur quatre est sans emploi ! Mais le pays basque, avec ses deux millions deux-cent mille habitants, sans compter la main d’œuvre andalouse, très présente aussi en Catalogne tout comme la main d’œuvre marocaine visible sur le littoral catalan, a 44% de sa jeunesse non employée !

Revoir le passé ne sert qu’à raviver la douleur, et c’est ce que l’Espagne pourtant doit faire en revoyant cette ancienne richesse du Sud, pays de tourisme –et aussi de la mafia « russe »- longtemps fief du parti socialiste, dont le clientélisme a fermé les yeux sur tous les scandales immobiliers, et les crédits démesurés ; cette situation a gangrené la Catalogne et une série d’entreprises a, vers 2005, comme l’écroulement d’un jeu de dominos, abouti au résultat que des constructions étendues, bâties souvent sur des crédits du Golfe, n’ont pu trouver d’acheteur ; l’Espagne a connu, à sa manière, le scandale des subprimes, et les observateurs impartiaux relèvent que derrière les exigences d’indépendance catalane –région la plus débitrice et vraie cigale de la Péninsule ibérique- se profilent des intérêts bancaires, pour lesquels une plongée politique à la manière grecque, permettrait de tenir le pays dans une captivité économique permanente.

C’est justement la crise qui redonne à l’Espagne un contrepoids aux forces centrifuges : chacun sait que le degré de la pente sur laquelle glisse la récession espagnole s’élève : l’agence d’évaluation financière Moody, le 16 octobre, a été sévère envers l’Espagne, mais surtout la Catalogne. Cette région autonome a demandé une aide à l’Etat, fin août, de plus de 5 milliards d’euros, et s’est vue maintenue, tout comme l’Espagne, comme l’écrit une agence de presse, à la note « Ba3 à un cran seulement de la catégorie des investissements à hauts risques très spéculatifs  »

Moody’s, en fait, en maintenant cette note de « Ba3 » a évité à la dette du pays d’être abaissée au rang des investissements spéculatifs, avec le sens péjoratif donc qui y est attaché.

Mais voici que le tempête secoure la Catalogne « autonomiste » voulant dans un accès de fièvre, non pas casser le thermomètre, mais, comme un malade refusant d’être alitée dans la chambre nommée Espagne, au mobilier sombre que l’on sait, décide de prendre l’air d’une liberté, et se voit fendre déjà les flots de l’indépendance ! Cela est proprement suicidaire, à moins d’avoir si peu de confiance en ses ressources, que l’on est prêt, sacrifiant l’honneur légendaire espagnol, à s’abandonner aux bras de l’Europe !

Que de nombreux Catalans ne veuillent pas devenir un radeau flottant de la spéculation financière sous un faux drapeau d’indépendance, en offrant des pavillons de complaisance à toutes les initiatives risquées et des spéculations à la Goldmann Sachs expliquerait le front commun intellectuel notamment de ceux qui veulent rester libres de « catalaniser », mais dans la mère-patrie ibérique, dans la fraternité, l’Hermandad espagnole.

La situation n’est pas comparable avec les Flandres, car ces dernières s’appuient sur un pays réel, les pays Bas ou anciennes 17 provinces, comme on les désignait à la Renaissance. La Corse, avant l’achat français du pays aux génois, appartenait au cercle italien, et l’on sait, par exemple, que les Papes de la Renaissance choisissaient leur administration policière parmi les clans corses. Rien de tel « au-delà des Pyrénées » : contre le gouvernement formé fin 2010 - et entre parenthèses très sionistophile, s’il est permis d’introduire ce néologisme, en réprimant les opposants à l’idéologie discrédités comme antisémites par des manifestants brandissant des drapeaux sionistes, sous prétexte d’antifascisme (puisque Franco a toujours refusé de reconnaître le régime de Tel Aviv et refusé de déplacer l’ancien consulat à Al Qods) - et présidé par Artur Mas, un mouvement se dessine, composé de fortes têtes – dont de l’industrie cinématographique -. Cette opposition précipite les élections du 25 novembre.

La coalition conservatrice et nationaliste catalane au pouvoir, dit la Convergencia, veut, certainement, poussée par des forces occultes auxquelles nous faisions allusion plus haut, déclarer l’indépendance pure et simple du pays, sortir de l’Espagne ! Selon un sondage publié dimanche par le journal catalan « El Periodico », 50,9% des 2.000 personnes interrogées dans la région est en faveur d’un "état indépendant" catalan. L’on peut douter de la valeur de l’enquête, et nous n’en voulons pour preuve que la déclaration des têtes intellectuells du pays catalan : « le réalisateur Pedro Almodovar, l’écrivain Mario Vargas llosa et « plusieurs centaines d’intellectuels  », rapporte internet, ont signé un manifeste publié ce dimanche 4 novembre, par le quotidien madrilène « El Pais », contre l’indépendantisme prôné avec vigueur par le gouvernement régional de la Catalogne !

« Les indépendantistes convertissent leur idée particulière de l’Espagne en bouc émissaire sur lequel faire tomber tous les malaises » dont les grandes difficultés économiques provoquées par la crise économique ; et les signataires de ce manifeste comptent des acteurs célèbres, des économistes et des responsables politiques, bref des notoriétés de toute l’Espagne !

Nous pouvons affirmer, pour avoir connu l’Espagne et des proches du peintre Salvador Dali, que celui-ci avait senti le vent venir quand fils du pays, il avait néanmoins refusé de laisser son œuvre subsister au village en bord de mer, dans une baie homérique, de Cadaquès ou la ville de Figueiras, mais par testament dédia tout au Prado à Madrid.

Cette dernière volonté, par un vrai sacrilège, ne fut pas respectée, et aujourd’hui son esprit et son art s’unissent aux forces vives du pays pour éviter un démembrement du pays, qui en ferait une souveraineté d’opérette, loin de ce que peut représenter le concept héroïque de l’Espagne, de cette Castille en laquelle Gobineau voyait un reste de la chevalerie syro-iranienne apporté par l’Islam.

 
 
 
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