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L’incompréhension du Prophète de l’Islam

mardi 4 décembre 2012, par Pierre Dortiguier

Il ne s’agit point de présenter ici la personne ou, comme a intitulé sa célèbre conférence d’avant-guerre, au Congrès orientaliste de Bonn, feu le professeur de philologie sémitique Johannes Fück, sommité allemande en la matière, « l’originalité du Prophète de l’islam », mais d’exposer ce qui permet à une propagande perverse de fleurir dans l’Occident actuel (y compris les Etats-Unis) contre celui qui s’est présenté, par la voix divine de la Révélation, comme le sceau de la Prophétie. Ce singulier souvent employé est plus exact, à notre sentiment, que celui du pluriel de prophètes, et la tradition donne un chiffre si élevé de ceux précédant la conclusion du message divin, que l’on peut y intégrer l’ensemble de la sagesse humaine et, mieux dit, selon un néologisme forgé par Goethe, sur une tradition chrétienne grecque, de « surhumaine ».

Goethe, du reste, a eu sur l’islamité cette appréciation que nous sommes nus devant Dieu, de cette nudité réelle et on pas celle exposée par les pervers du jour, à savoir que, selon son expression, nous naissons et mourrons musulmans ; c’est là un sujet de dissertation internationale. Cet aspect surhumain, cette surhumanité de la personnalité prophétique, et surtout de la somme des Prophètes, est celui que la propagande antimusulmane veut effacer, non seulement dans la conscience des peuples christianisés, mais aussi des Musulmans anciens ou nouveaux, partout et en premier dans les pays qui les accueillent ; le projet franc-maçonnique qu’il faut avoir présent à l’esprit et qui est la clef de la compréhension des événements historiques contemporains , y compris de la Colonisation et des protectorats ou mandats exercés sur des terres de foi musulmane, - ( aussi une cause essentielle de la dégradation interne et externe –exogène et endogène diraient les psychiatres- de l’effondrement des Ottomans..et de leur pseudoreconstitution dans le néoottomanisme d’aujourd’hui) , -ce projet sectaire donc, est le moteur de la campagne Antiislamique, mieux dit qu’islamophobe. Car les peuples d’Occident, à divers degrés, mais la France est le pays le plus touché- sont éduqués non dans la haine, mais l’indifférence envers les religions ; les réunions interconfessionnelles elles-mêmes sont d’une telle superficialité qu’elles dénotent un manque d’intérêt aux questions métaphysiques et jamais, par exemple, un colloque n’est organisé sur la personne du Prophète, plus proche des Chrétiens que celle de ses précesseurs, puisqu’il est venu comme parachèvement, selon la doctrine, non pas la tradition, mais la lettre du noble Coran, de l’œuvre incomplète du Christ, et annoncée par Lui comme telle : « quelqu’un viendra après moi » ..a été interprété comme le Saint-Esprit révélé aux Apôtres, alors que la foi rationnelle des Musulmans l’attribue au sceau désigné, au glorieux dit paraclet en grec. A vrai dire, l’un des différences factuelles actuelles, non dogmatiques, entre Chrétiens et Musulmans, vient de l’absence de connaissance des textes chrétiens, évangéliques chez les premiers ; un jeune Chrétien de France peut traverser la période de l’adolescence sans jamais avoir lu les documents sacrés, et le Livre de sa communauté n’est tout au plus que feuilleté et de nombreuse pages restent non découpées par sa conscience et son intellect. C’est sur ce vice d’éducation tenant à l’absence de clergé instruit et volontaire, à l’hostilité anticléricale, sinon antireligieuse et précisément maçonne de professeurs, et à la peur de passer pour conservateur ou intégriste, que joue la légèreté de cet esprit satirique : des demi-savants évoquent de bonne foi, car ils parlent sans l’avoir lu, pour justifier le droit au blasphème, Voltaire qui dans sa poésie reprend les préjugés contre le côté trop humanisé, ou présenté soumis aux passions humaines, comme un Saint-Thomas attaque le Prophète, mais sans injure, avec sympathie même, au point que la pièce fut censurée, un peu dans le même sens que le poème de Goethe portant son nom "Mahomet" ; mais prosaïquement, dans son œuvre historique Voltaire lui donne une dimension d’austérité surhumaine : ce renversement dialectique opéré dans l’Essai sur les Mœurs et l’Esprit des Nations (1765) est si fort, chez cet homme qui mérite le titre de philosophe, -comme Kant et Schopenhauer l’ont proclamé- et Nietzsche aussi qui oppose le sublime de l’islam, notamment en Espagne andalouse, à la barbarie des Croisades (dans son livre sur "l’ Antéchrist, anathème sur le Christianisme" 1896 –ce Christianisme qui modifie la voix du Christ pour en faire un abbé de cour, une pâle figure acceptable, qui tolère les vices du monde ! ), que la censure actuelle a empêché cet ouvrage d’être republié en Pléiade, à l’article des oeuvres historiques. Ce n’est pas ici le lieu de citer les deux chapitres dont le premier réfute l’idée commune alors et encore dans nos médias, que la religion musulmane fut et est « persécutante » (pour dire « persécutrice »), ou intolérante. Pour ce faire, il montre que le vénéré Prophète fut indistinctement prédicateur de l’unité divine, législateur de l’Etat, de la morale sociale, et occupé de paix civile et d’indépendance de son pays. L’Occident suit une pente qu’un autre avocat de l’Islam devant les attaques de ses compatriotes et contemporains, Gobineau énonce en loi et qu’il faut avoir le courage de dire : l’abaissement de toute grandeur humaine. Cet acharnement à voir l’homme par le bas est le contenu de la caricature de Charlie Hebdo ; mais il ne faut pas se contenter de dire que cette volonté de tout niveler par la médiocrité, de regarder l’homme comme le ferait son valet de chambre soit propre à une islamophobie stratégique, opportuniste dictée par le souci de complaire à M.Netanyaou qui voudrait pousser par intimidation, jointe aux assassinats, les Musulmans et les Chrétiens à le servir dans son Enfer sioniste. Non, c’est la grandeur, ainsi que le philosophe allemand Hegel réfutait ce mépris des hauts personnages de l’Esprit, j’entends que l’Esprit création divine anime et expose à l’attention publique comme un drapeau, c’est cette grandeur qui est brisée continuellement par ceux qui attirent l’humanité vers le bas, vers sa destruction, sont des décadents en art, comme en morale. Il y a un passage de Kant en faveur du Prophète, qui reprend l’accusation portée aujourd’hui de fanatisme –expression signifiant en latin se tenir proche des « fana » ou des temples- et il dit que ce qui est reproché au Prophète est en réalité un reproche adressé à la moralité, car celle-ci doit reposer sur le moteur de l’enthousiasme et non la limite du calcul ! La prétendue laïcité –à jeter un regard sur la France, pays des droits de la caricature- est devenue un substitut de religion, de cette « religion de la république », qui n’est pas celle d’un peuple, mais de conjurés qui, abusant du terme de peuple, voient la force de l’homme dans l’abaissement ou l’effacement de Dieu, et s’il faut trouver une parole de la Raison, dont nos sectaires d’ici sont si fiers, il faut la chercher chez celui qui disait, chez les Grecs, que « les hommes justes paraissent plus sages, meilleurs et plus capables d’agir, cependant que les injustes n’agissent en rien ensemble. » (livre premier de la République de Platon 352 b-c) Le fait d’avoir fondé et maintenu une communauté, alors que ses adversaires ruinaient leur propre Empire, démontre que le Prophète a su, grâce à Dieu, réussir ce que nos libertaires et en réalité liberticides, et suicidaires, échouent à produire. Leur soi disant audace à caricaturer n’est que la rage sentie de leur échec constant.

 
 
 
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