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L’idée olympique brisée par la société du spectacle

vendredi 2 novembre 2012, par Pierre Dortiguier

La conférence d’octobre d’Alain Soral, dans sa partie sixième, traite de cette infirmité dont nos exploitants veulent tirer des bénéfices ordinaires à toute société de spectacle ! Ainsi ont été, sous le vocable artificieux, de liberté et surtout d’égalité des chances, - porté par les Illuministes qui se sont formés et reformés dans notre histoire contemporaine - mis en scène des Jeux olympiques pour infirmes ; terme répudié, comme celui d’aveugle et de sourd, et auquel l’on substitue l’aberrant mot de « handicapés »* lequel n’a pas ce sens, puisqu’il désigne un obstacle à franchir par un animal ou un corps ferme, solide.

Le mot d’infirme fait peur à notre société d’apparences, qui cache ou efface ce qu’elle ne supporte pas et nourrit un optimisme superficiel constitué en réalité d’insensibilité, comme l’observation pathologique décrit des psychoses, et aussi la fameuse euphorie des alcooliques ! Tout va très bien même si la maison brûle ou le corps se défait, et le pays le plus imbibé à cet égard, pour l’ex chancelier Schröder, serait bien le nôtre, si, comme l’indique Nicolas Baverez, dans son récent ouvrage « Réveillez-vous », adressé aux Français, paru chez Fayard, l’on ne se réveille pas !

Sommes-nous loin, des infirmes, ou des degrés de la réalité des infirmes ? Non pas ! Toute la conceptualisation actuelle nie la différence du normal réduit à une population statistique et du pathologique aussi généreusement distribué que le mariage républicain pour tous ! Les épreuves sportives ne sont pas ce qu’une Amérique pensait et a imposé au monde, une collection d’exploits ou de médailles, mais la démonstration, au sens classique du terme non mathématique, ou manifestation de l’idéal de beauté, d’harmonie et de force disciplinée collective !

C’est une idée qui est affirmée sur le stade, selon cet « idéal » repris ou adapté par Coubertin : c’était une réponse à l’individualisme barbare dont les résultats tachaient la nappe européenne, comme un verre de vin versé ! Il y a une réaction, dans cet idéal olympique, si l’on préfère dire, à l’anarchie, et on la trouve évidemment formulée en doctrine chez Platon, auquel l’on renvoie tous ceux qui cherchent une clef pour sortir de cette prison dans laquelle les idéologues contemporains enferment tous les milieux et tous les âges ! Ce fut aussi l’idéal méconnu de la Renaissance à travers ses penseurs et ses maîtres italiens ! La beauté et la belle proportion, la limite – Aristote y insiste aussi pour caractériser la beauté et la santé - sont une discipline du caractère et de la matière, soit, mais aussi le miroir de Dieu, à travers la nécessité morale précisera l’idéalisme allemand ! Les vers de Voltaire, tirés d’un discours de 1734 « de la Liberté », vont dans ce sens des bornes prescrites au pouvoir humain, et que l’ouverture des jeux ou de l’idéal olympique ouvre démesurément, marquant ainsi le mépris des infirmités qui sont abolies par l’exploit torturant les forces naturelles !

Quoi, dans cet océan, cet atome qui nage
Dira : L’immensité doit être mon partage.
Non, tout est faible en toi, changeant et limité,
Ta force, ton esprit, tes talents, ta beauté.
La nature en tout sens a des bornes prescrites ;
Et le pouvoir humain serait seul sans limites !

Il y a une équation du beau et de l’utile, déjà bien marquée dans la poésie campagnarde du poète Hésiode, pour qui un bon couteau est un bel instrument ! Ne pas toucher sacrilègement à cet idéal n’est pas « exclure » les infirmes de la communauté, ou de cette philosophie de la solidarité que le jargon de l’illuministe parisien Léon Victor Bourgeois fondateur de la Société des Nations, a institutionnalisée. C’est au contraire ignorer leur souffrance réelle, étouffer la plainte éternelle de celui à qui la vie mécanisée, à la paix ou à la guerre, réduit à l’amputation et autre enfermement, avec ces illusions du membre fantôme qu’étudiait le professeur Leriche après la première boucherie mondiale ! De même que la société privée de réflexion, comme l’Amérique en donne à revendre, veut effacer toute trace de vieillesse et de corruption, toute fragilité en faisant, par exemple des enfants de 12 ans des responsables de leur sexualité non encore mûrie, incinérer les morts pour gagner les surfaces des cimetières, l’on pousse le vulgaire (ce que l’anglais dit « people ») à applaudir le cirque, et à ignorer la différence entre la substance et la belle totalité, et les accidents de l’existence.

Le soldat véritable le comprend qui trouve dans l’éternité relative du beau, avec sa nécessité, ses proportions divines, la raison surhumaine d’accomplir un devoir ou qui le tue ou le diminue le plus souvent ; mais qu’on ne nous demande pas de fouler au pied l’unicité du droit, de Dieu et de l’humanité, et d’oublier que la beauté est le symbole de la moralité, comme le dit le célèbre philosophe Kant, pour qui telle action de caricaturer les jeux, aurait été dite immorale. Respectons donc les infirmités, et n’en faisons pas une source de profit ou pire ne brisons pas cette vue qui soutient précisément celui dont la souffrance nous demande de cultiver la santé et de la rehausser, non de la concurrencer par le plus bas, à quoi excelle la société du spectacle, déjà annoncée par feu le cinéaste et auteur Guy Debord !

*En fait il s’agit d’équilibrer les chances entre concurrents hippiques, par combinaison des poids. Primitivement, ceci dit pour en terminer avec les abus de langue, désignait en effet un jeu de sort anglais où l’on mettait la main (hand) dans la casquette (cap) pour tirer un bulletin au hasard !

 
 
 
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