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L’histoire de l’Etre enseignée aux enfants.

vendredi 5 août 2011, par Pierre Dortiguier

Imaginez un jardin où certain Mollah raconte à un jeune auditoire l’histoire de l’Etre qu’ignorent nos esprits-forts !

« Il était une fois un Etre, mais celui-ci fut vite oublié, recouvert aussitôt par de nombreux étants. Ceux-ci croissaient et multipliaient au point de former une immense forêt dont le Mazandéran ou la Forêt-Noire –le Schwarzwald- est un reste épars ! De nombreux jardiniers, anglais en particulier, excellaient à les cultiver : on les appelait les naturalistes ou les empiristes, car ils ne pensaient qu’à ce qu’ils sentaient ou touchaient. L’un d’eux même nommé Berkeley, évêque en Irlande, comme il le consigne dans un livre qu’on peut lire encore, intitulé Sirius, eut l’idée d’utiliser à cet effet, après un voyage en Amérique, l’eau de goudron (tar-water), pour revigorer les étants, conformément à l’usage d’Indiens Sioux. Mais ceci est une autre histoire !

On conte qu’un courtisan chercha en vain, dans le jardin d’un château Sophie de Hanovre allemand nommé Herrenhausen, chez la princesse Sophie de Hanovre [1], deux étants qui se ressemblassent, et de cette impossibilité l’on formula le principe des indiscernables qui veut que tout, jusqu’au plus petit étant, ait son originalité d’existence, car Dieu l’a voulu ainsi. [2]

Un siècle après, dans ce même pays que l’on dit « du milieu », chez un peuple cosmopolite de tempérament, un vieux magicien dans sa forêt, nommé Kant, eut l’idée de cueillir une touffe de ces étants et de la transporter dans sa demeure. Il disposa ainsi trois bocaux : les racines tirées du sol de l’Etre, que l’on pouvait seulement voir et nullement atteindre, car elles étaient sous le verre, il les nomma des choses en soi, et quant aux tiges qui apparaissaient clairement à la lumière, il les nomma, pour cette raison, des phénomènes. Il colla ainsi trois étiquettes, selon leur genre et la manière de les cueillir en bouquets, ou de les séparer les uns des autres, qu’il disait être une Critique. Il y eut donc trois critiques bientôt célèbres, Critique de la Raison pure (1781), Critique de la Raison pratique (1788, un an après la seconde édition de la précédente Critique) et Critique du Jugement (1790) car chacun voulait admirer l’art de connaître la variété de ces étants qui poussent dans « cet ensemble de phénomènes » que l’on appelle la nature. Kant voyait l’esprit européen dans une fleur : le jugement pousse dans la racine, et cela répondait à l’Allemand, l’imagination brillante dans la corolle, était pour lui l’Italien ; le goût dans le bouton, répondait au Français et l’esprit dans le fruit était l’Anglais [3]. A la mort du vieux magicien, un jeune écolier plein d’imagination nommé Fichte entra dans la maison, et vit aussitôt la méprise de son compatriote pourtant si méthodique, avec lequel il était en correspondance, mais se défiait de lui à cause d’un trop grand enthousiasme propre à la jeunesse. Pourquoi, se dit-il, ne pas mettre en évidence ces racines si proches du sol de l’Etre et il renversa les bocaux, leur donnant un place prééminente, et donna à cette nouvelle position le nom de Déduction transcendantale, car elle nous rapprochait de la source de l’Etre. La « chose en soi » était inutile à séparer des phénomènes.

Les imitateurs affluèrent. Chacun donnait son avis sur la meilleure manière de ranger les bocaux sur les étagères ; et la maison fut animée et remplie d’étiquettes et de tiroirs, au point de ressembler à une véritable pharmacie. Donner le nom de ces pharmaciens serait aussi fastidieux qu’injurieux, car de nombreux imposteurs se glissaient parmi eux qui agaçaient déjà le vieux Kant.

Mais un soir, à l’heure où la chouette prend son vol, au temps de cette guerre portée par les Français en Allemagne sous le drapeau tricolore et la faveur de sociétés secrètes ouvrant les place-fortes, un nommé Hegel, tête encyclopédique, aimant l’organisation ou l’Idée vivante, et que sa belle-mère gâtait par de nombreux pains d’épices dont Nuremberg est le berceau, s’assit près de la demeure : il la contempla attentivement et donna à cette attitude qui lui était familière le nom de « raison observante » (die beobachtendeVernunft) : pourquoi donc épuiser son ardeur à multiplier ainsi les bocaux et les étants, et ne pas considérer l’ensemble, demeure et locataires, et rechercher d’abord les titres de propriété de la maison, conter son histoire ; et c’est ainsi que naquit, mes enfants, la philosophie du droit, comme avant-goût ou propédeutique à la recherche de l’Etre.

La maison fut alors embellie comme un château, des nombreux visiteurs la parcouraient, et chaque pièce brillait dans la proximité de la forêt. Hegel avait ajouté une aile au bâtiment central, nommée l’Esthétique. Un autre aussi spacieux comme la Logique faisait une sorte de galerie symétrique du savoir où les promeneurs s’instruisaient. Puis un jour, les visiteurs se firent rares, et les gardiens de la maisons allèrent vers les villes ; c’est le mouvement qu’un petit-fils de rabbin de Breslau, dont l’oncle est le célèbre industriel Philipps de hollande, Karl Marx, inhumé à Londres, a décrit dans son livre « le Capital » en 1867 ; la maison resta abandonnée et seul un personnage célibataire aux yeux vifs, nommé Schopenhauer, qui voyagea avec sa mère Johanna, -laquelle composa un roman « Gabrielle »- et par ailleurs soupçonna que notre saint Coran avait été mal traduit- la voyait au clair de lune, dans un siècle romantique ; il pensait que les efforts vains d’analyse du sol, d’embellissement du jardin ne montraient que la puissance du Vouloir-Vivre et que c’est dans la répétition de cette production d’étants que se trouvait le secret de l’être, mais que cette histoire serait infinie jusqu’à ce que la contemplation de la Beauté absorbe toute passion et que la paix enferme la nature dans un sommeil divin. Il a consigné ceci dans le Monde comme Volonté et comme Représentation qui fut très lu et s’achève comme une symphonie.

Puis les temps passèrent, jusqu’à ce que la guerre paraisse aux frontières ; la maison connut ensuite un certain faste. On en repeint les volets, la meubla au goût rustique ; enfants et parents l’entouraient pour chanter des chants folkloriques tandis que s’embrasaient les couronnes posées sur des mats ; mais les forces de l’extérieur revinrent encore, la maison périt en flammes, et son jardin est maintenant recouvert par une dense verdure dans un pays qui accueillera le Mahdi (que Dieu hâte sa venue) reconstructeur avec l’aide de Jésus (béni soit-il) de la maison de l’Etre ; ce sera le cas pour tout autre pays, sauf que celui-ci, d’après les signes que la Religion demande de retenir, ne sera pas, inch’Allah, endetté car le Tout Miséricordieux récompense les capacités. »

Notes

[1] « Je me souviens qu’une grande Princesse, qui est d’un esprit sublime, dit un jour en se promenant dans son jardin qu’elle ne croyait pas qu’il y avait deux feuilles parfaitement semblables. Un gentilhomme d’esprit, qui était de la promenade, crut qu’il serait facile d’en trouver ; mais quoiqu’il en cherchât beaucoup, il fut convaincu par ses yeux qu’on pouvait toujours y remarquer de la différence. On voit par ces considérations, négligées jusqu’ici, combien dans la Philosophie on s’est éloigné des notions les plus naturelles, & combien on a été éloigné des grands principes de la vraie Métaphysique. » Nouveaux essais sur l’Entendement humain, livre II, chapitre XXVII, §3, Œuvres philosophiques de feu Mr. de Leibnitz tirées de ses manuscrits à Amsterdam et à Leipzig, chez Jean Schreuder, 1765. 540pp., p.190

[2] http://www.neuepresse.de/Hannover/S...

[3] Reflexionen I, 202, Kant-Aussprüche ou Maximes de Kant publiées par Raoul Richter Leipzig, Insel-Verlag 1923, 241pp. ,p.142, §271. Urteilskraft treibt in die Wurzel, Deutscher/ Einbildung in die Krone prächtig, Italiener/Geschmack in die Blüte, Franzose/Geist in die Frucht, Englände

 
 
 
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