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L’éros iranien et indien

jeudi 3 juillet 2014, par Pierre Dortiguier

Il n’est point coutumier de saisir la pensée
Dans ce qu’une amante croit unique en plaisir,
Et un cadeau divin qui rendit insensée
L’âme d’un Mejnoun embrasée de désir !
Notre maître indianiste et chrétien officiel,
Homme très tôt blanchi aux études indiennes
Qui se nommait Lacombe* et habitait le ciel
Des sages, et des poètes, aux voûtes grammairiennes,
Car la langue est de Dieu, et non point arbitraire,
Enseignait que l’on doit, au pays religieux,
C’est-à-dire où les saints gardent leur mystère,
Et font de leur mort un trésor prodigieux
De vie ressuscitée dans les âmes affaiblies,
Essayer tous les jours de se déposséder,
Conserver sa conscience en des règles établies,
Pour renaître en autrui, et jamais ne céder
À l’appropriation qui ne veut que s’offrir
Pour être consommée, comme on sent une rose,
Et non point sacrifiée, et préférant périr
Dans sa conscience propre, en bouquet que l’on pose
Au cercueil de nos vierges abandonnant la terre
Et comme à l’opéra, dans le cri d’un tonnerre.

Il est assez notable qu’au royaume ancien et renouvelé de Perse, devenu l’Iran par décret de Reza Shâh, à la différence des Indes et surtout de l’Europe nordique allemande ou « celtique », « bretonne », telle que représentée dans l’opéra de Richard Wagner, Tristan et Isolde, où les amants sont emportés par la volonté de mourir au monde, et échangent dans un duo vocal sublime, leur moi, en signe de dépossession de soi, la communion des sens cède ou fait place à leur consommation volontaire, pour ainsi dire. Et chacun semble un verre trop plein qu’un choc peut renverser ; ce qui donne une poésie moins dramatique, plus pleureuse et languissante que sur les scènes d’Europe.

* De stature magnifique, le défunt professeur de la Sorbonne Olivier Lacombe enseignant la philosophie grecque et indienne, après avoir publié sa thèse sur l’absolu dans le Vedanta (que l’on s’accorde à traduire par « fin ou terminaison du savoir ») s’exprime ainsi sur ce fonds indien que l’Europe a reconnu comme sien dans le sous-continent indien, et qui n’est qu’une manifestation de la philosophie, de la science d’aimer ou de l’amour devenu science ou savoir et sagesse (philo signifiant « j’aime » et Sophie, dont on a fait un prénom, la sagesse !). « J’aurai la même attitude détachée à l’égard de mes états affectifs et passionnels qui m’apparaissent encore plus miens que mes actions somatiques » (physiologiques). (cf Indianité, Etudes historiques et comparatives sur la pensée indienne, Paris, Les Belles Lettres-1979, 209pp. p.106)

 
 
 
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