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L’Etranger et la patrie

jeudi 9 février 2012, par Pierre Dortiguier

Versification d’un passage du Cinquième Discours à la Nation allemande, du grand philosophe Johann Gottlieb Fichte (19 mai 1762-29 janvier 1814). Il était le fils de rubanier ou fabricant de rubans, fréquenta l’école des princes et étudia la théologie. Il publia ses Discours patriotiques sous l’occupation napoléonienne de l’Allemagne en 1807-1808. Premier recteur de l’université de Berlin nouvellement fondée, il mourut, à cause de son activité charitable, d’une maladie contractée à l’hôpital où sa femme l’avait amené.

Je voudrais en ces vers que j’alexandrinise, [1]
Fixer une leçon comme en Mathématiques,
Quand, au tableau noirci par une tête grise,
L’équation résumait les détails théoriques,
J’en ai usé aussi pour expliquer les Grands [2]
Qui défilaient trop vite au regard de ces jeunes
Esprits inquiets de tout ce qui s’apprend
Par concepts et images et non par les signes
Que sont les mots, les schèmes et le mime
Dont on fait des sophistes* et non des philosophes,
Comme sont les gens d’art, dont le plaisir est l’âme.
Mais je vous livrerais, des pensées bien amorphes [3]
Si vous n’entendiez point cet orateur parler
De ce qu’à Téhéran dans un café aimable
L’on nomme « à l’étranger », et qu’on sait déceler
Dans tout discours léger où la raison tremble ;
Etranger et matrie [4], qui est donc féminin
Chez les peuples assez forts pour goûter la douceur
D’une main familière, sont pour Fichte à Berlin
Deux fécondes nuées dont il dit la teneur ;
« L’étranger est la terre, d’où de fécondes fumées
Se détachent et montent jusqu’aux nuages
Et par lesquelles encor’ les vieilles divinités
Exilées aux Enfer, à la vie font cortèges !
La matrie [5] est ce ciel éternel, qui t’entoure,
Où les minces fumées se condensent en nuages,
Fécondés par l’éclair, qui, venant du tonnerre
D’un autre monde, tombent en pluvieux mouillages
Elle unit ciel et terre, et fait bien renaître
Ce que l’un engrange dans le sein de l’autre ! »

(la partie en italique est la versification du texte du philosophe) (*)

Sophistes (sur sophia, sagesse, science) : sages apparents, mais non réels, qui n’aiment pas la sagesse, séduisent mais ne peuvent convaincre par des démonstrations.

Philosophes qui aiment (philo, j’aime en grec) la sagesse. D’où le nom de Sophie, comme sainte Sophie à Byzance ou Istanbul, la Sainte-Sagesse !

(*) Das Ausland ist die Erde, aus welcher fruchtbare Dünste sich absondern und sich emporheben zu den Wolken und durch welche auch noch die in den Tartarus verwiesenen alten Götter zusammengängen mit dem Umkreise des Lebens. Das Mutterland ist der jene umgebende ewige Himmel, an welchem die leichten Dünste sich verdichten zu Wolken,die, durch des Donerers aus anderer Welt stammenden Blitzstrahl geschwängert, herabfallen, als befeuchtender Regen, der Himmel und Erde verreinigt, und die im Ersten einheimischen Gaben auch dem Schoosse der letzteren entkeimen lässt. (Fünfte Rede an die deutsche Nation von Johann Gottlieb Fichte, Verlag von Philipp Reklam, Leipzig, page 79)

Notes

[1] à la manière des vers alexandrins, avec coupure ou « césure » au milieu et rime assortie, d’après l’Ecole dite d’Alexandrie en Egypte

[2] les grands auteurs de philosophie

[3] informes

[4] Mutterland, motherland

[5] Mutterland, motherland

 
 
 
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