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J’aime les femmes qui ont un passé.

lundi 27 juin 2011, par Pierre Dortiguier

La proposition ci-dessus est une conclusion du décadent irlandais Oscar Wilde que l’on apprécie encore chez les honnêtes gens, par sa ballade de la geôle de Reading et surtout par un essai sur l’importance d’être sérieux, le reste ayant la faveur des vierges folles ou qui se trompent de sexe.

Sa vie ressemble au siècle, celle du talent absorbé par la faiblesse du corps physique incapable d’éclat et de son fantôme psychique ou éthérique empli de la drogue des illusions. Aussi nous la choisissons pour ceux qui veulent ouvrir la fenêtre de leur pièce enfumée de tout le tabac de la propagande déversée sur cet « homme malade », l’Orient devenu le mort-vivant du premier conflit mondial !

La première femme qui brille par un passé agité, et que l’on sait honorée de la place d’honneur aux repas servis dans le demi-monde, a été l’héroïne de ce roman que l’on situe à Bâle, du 29 au 31 août 1897 : elle assiste à la conversation entre celui qui porte le nom de plume de Théodore Herzl (1860-1904), dont le fils se convertira au catholicisme et se suicidera, et Litman Rosenthal, pendant le premier congrès sioniste tenu au Casino de la ville suisse alémanique –car Munich avait refusé le jugeant inconvenant- du 29 au 31 août 1897 : «  Il se peut faire que la Turquie refuse ou soit incapable de nous comprendre. Ceci ne nous découragera pas. Nous chercherons d’autres moyens pour atteindre notre but. La question d’Orient est maintenant la question du jour. Tôt ou tard elle amènera à un conflit parmi les nations. Une guerre européenne est imminente… La grande guerre européenne doit arriver. [1] La montre à la main j’attends ce terrible moment. Lorsque la grande guerre européenne sera terminée, une conférence se réunira pour établir la paix. Nous devons être prêts pour ce moment-là. Nous serons certainement convoqués à cette grande conférence des nations et nous devons leur prouver l’importance urgente d’une solution sioniste à la question juive. Nous devons leur prouver que le problème de l’Orient et la Palestine et le problème des Juifs ne font qu’un, les deux doivent être résolus ensemble. Nous devons leur prouver que le problème juif est un problème mondial et qu’un problème mondial doit être résolu par le monde. Et la solution doit être la restitution de la Palestine au peuple juif. » [2] Ces prédictions sont d’autant plus remarquables que ce Herzl devait mourir aussi prématurément que mystérieusement avant leur réalisation et en passant la main à Chaïm Weizmann.

Notre ami et enfant érudit de Bruxelles, correspondant de la Revue des Chercheurs et des Curieux, M. le Dr. Pierre Moreau a eu raison de dire, dans son périodique catholique bi-mensuel « antilibéral » et sédévacantiste [3]aujourd’hui cessé – qu’ainsi en 1917 le sionisme avait déjà un passé où il n’est pas si simple de s’y retrouver. Il était cette femme expérimentée et couverte de bijoux qui assistait à la conversation de ses deux invités au Casino qui abritait sa réception de plus de deux cents délégués du monde entier, y compris des concessions chinoises. Il est toujours oublié qu’en cette année cruciale les forces allemandes, austro-hongroises, bulgares et turques avaient fait leur jonction, que le Danube était redevenu impérial, libre des griffes du Lion rugissant dans ses cages des ateliers maçonniques, que l’impératrice Zita et son mari l’Empereur Charles de Habsbourg étaient reçus par le Sultan de Constantinople après qu’en 1915 l’héroïsme turc [4] et l’efficacité de l’artillerie de ses alliés d’Europe centrale aient fait retraiter les Alliés le 9 janvier 1916 de la presqu’île de Gallipoli, en Turquie d’Europe, sur la rive septentrionale des Dardanelles et capituler une armée anglo-indienne en Irak à Kut el-Amara, au sud de Bagdad, après un siège de 143 jours. [5]

Au Levant « leurs affaires s’y trouvaient en un état au moins aussi précaire qu’embrouillé, et des surdoués allaient trouver moyen de les embrouiller davantage encore pour en faire la magnifique poudrière sur laquelle il fait si bon vivre aujourd’hui. » [6] ironise l’auteur bruxellois qui fut un officier brillant « face au soleil » comme chantait l’Espagnol.

L’inconduite du Président Wilson et ses conséquences

Celle-ci était notoire et normalement, poursuit l’auteur bruxellois, aurait dû nuire gravement à sa santé politique, mais les Etats-Unis étaient alors, comme aujourd’hui, prêts à tout acheter comme Kant le rapporte d’un parlementaire anglais car hier non plus un scandale comme celui des subprimes n’aurait pu alarmer les amants de notre héroïne : il se trouve qu’une maîtresse du Président eut un cruel besoin d’argent, et menaça, si elle ne recevait pas 40.000 $ de divulguer des lettres compromettantes. L’avocat d’affaires Samuel Untermeyer intervint et lui remit, tout comme la caution naguère obtenue sur le champ par DSK, le montant exigé. Yes we can ! Ce fut un pacte avec le diable, et comme celui-ci qui, dans les légendes médiévales, ne demande qu’une signature pour vendre son âme, l’avocat ne proposait que de s’engager à une contrepartie dérisoire ; « il lui suffit de promettre qu’à la première vacance de la Cour Suprême, il nommerait le candidat proposé par le bon Sam ». Chose promise, chose due, et... le choix tomba sur Louis Dembitz Brandeis qui devait rester en place jusqu’en 1939. Le fanatique sioniste occupa ainsi pareil poste stratégique qui favorisa l’éclosion de cette Déclaration Balfour du 2 novembre 1917 par une sorte de va et vient entre les deux rives de l’atlantique. Elle ne fut pas, en effet, rédigée d’un trait par ce familier de la villa Wahnfried de Bayreuth, et successeur d’Edward Grey au Foreign office, Arthur Balfour mais après des amendements apportés à la version que le juge Brandeis eut entre les mains, alors que le premier texte préparé par Chaïm Weizmann et les londoniens pendant l’été 1917 notait que « le gouvernement anglais regarde avec faveur l’établissement en Palestine d’un home national pour la race juive (for the Jewish race)] », le mot peuple y fut substitué. Mais une autre correction, qui est un arrangement de la parure de cette femme au passé qui nous occupe, est à relever : « rien ne sera fait qui puisse porter préjudice aux droits civils et religieux des communautés non-juives existant en Palestine ou au droit et à la situation politique de ceux, parmi les Juifs, qui sont pleinement satisfaits de leur nationalité et de leur citoyenneté actuelles ». On supprima la tournure « pleinement satisfait  », les jérémiades sont aussi un outil avéré, le pilier d’une illusoire religion. La robe était plus prolétarienne, mais la parure de diamants plus enchérie.

« La version finale du projet de ce que l’on a connu depuis sous le nom de Déclaration Balfour fut encore amendée. Après consultation du juge Brandeis, il fut soumis au colonel House [7]qui en transmit la version au Président Wilson et sur la base de son approbation et de son autorité expresse, le texte final fut rendu public par le Cabinet de guerre britannique ». [8] Nous reprenons le texte de M. Pierre Moreau : « Ainsi sans doute Balfour fut-il le simple signataire et non le véritable auteur du fatal document, mais n’en faudrait pas croire pour autant que ses meneurs l’avaient choisi au hasard. On se convaincra du contraire en lisant cette page d’un mémorialiste américain. »

Un diplomate Américain indigné de l’égoïsme Anglais

« A la veille de la seconde Conférence de la Haye [juin/octobre 1907], le président [Théodore] Roosevelt demanda à l’éminent diplomate américain Henry White, alors en poste à Bruxelles, de rendre visite à M. Balfour à Londres, pour s’assurer sa collaboration au succès de la future conférence. La conversation entre M. White et Balfour est un exemple de prises de position similaires qui apparaissent de temps à autre dans la littérature politique anglaise de l’époque : Balfour (plutôt détendu : « Faut-il que nous soyons stupides pour ne pas nous trouver une raison de déclarer la guerre à l’Allemagne avant qu’elle n’ait construit trop de navires et nous ait ravi nos marchés. »  White : « Nul doute que dans le privé vous soyez une âme noble. Comment donc pouvez-vous envisager une action politique aussi immorale que de provoquer une guerre contre une nation innocente qui a tout autant que vous le droit de disposer d’une flotte ? Si vous voulez vous mesurer au commerce allemand, travaillez davantage » Balfour : « Ce qui aurait pour conséquence d’abaisser notre niveau de vie. Il serait sans doute plus simple pour nous de faire la guerre. » White : « Vous êtes le dernier dont j’aurais attendu de pareils propos et j’en suis scandalisé. » Balfour (à nouveau détendu) : « S’agit-il d’avoir tort ou raison ? il semble qu’il est plutôt question de conserver notre suprématie. »

Arthur Baal, comme l’a prétendu un savant maçon repenti [9], ou Balfour, sur lequel tout ne sera jamais dit, « ne devait visiter la Palestine, pour la première fois de sa vie qu’en 1925. Cette région du monde, déjà névralgique, il l’avait vouée au malheur, mais il ne la connaissait que d’une manière livresque. Le peuple de ces contrées, avec ses intérêts spirituels, moraux et matériels, lui restait parfaitement étranger. Il le laissait dès lors indifférent. Il en avait fait une marchandise en contrepartie de laquelle il se procurait de quoi, lui, son pays et ses alliés, se dépatouiller à bon compte du bourbier où les avait enfoncés cette guerre « plus simple » à déclarer, plutôt que de travailler loyalement avec les outils de la paix « . [10]

Le dîner londonien du 4 novembre 1987.

Où retrouver cette femme qui célébrait au tournant du siècle son triomphe au Casino de Bâle et assistait à la conversation entre nos conjurés cités plus haut ? Dans un dîner bien sûr ou, inaltérable comme le baron de Münchhausen, elle régale un 4 novembre 1987 ses invités, mais n’aurait pas comme l’Allemand mérité les faveurs des Cours de Postdam, de Schönbrunn ou de Saint-Pétersbourg qu’elle a ruinées au contraire frénétiquement, toujours fixée de préférence à Londres : à cette table se retrouvent les arrière-neveux des acteurs du 7 novembre 1917 fêtant le soixante-dixième anniversaire de la lettre adressée à un simple particulier Lord Rothschild chargé de le transmettre, comme président d’une communauté connue, aux responsables des organisations sionistes : Jacob Rothschild ayant déclaré être « fier de poursuivre la tradition familiale de soutien au sionisme », Balfour « lui a fait écho en attribuant l’hostilité arabe envers Israël à leur crainte de la démocratie. » [11]

Cette crainte de la démocratie fut celle des Papes, dit-on, en tout cas de Pie VI qui condamna la Déclaration des Droits de l’Homme. Ne lirons-nous à l’imitation de Léon XIII cette condamnation de la Société maçonnique accusée de «  combattre la justice et la probité naturelle » ? [12] L’ « opinion » leur fait honte, comme elle ne veut pas savoir que Benoît XV le 10 mars 1919, pesant les termes de cette Déclaration, –et qu’est-ce que penser justement sinon peser exactement ? - a déclaré :« Nous nous demandons avec la plus vive anxiété quelle décision va prendre à l’égard des lieux sacrés, dans quelques jours, la Conférence de la Paix qui siège à Paris… Ce serait assurément nous porter à nous-mêmes et à tous les fidèles un coup bien cruel que de créer une situation privilégiée aux infidèles en Palestine et notre douleur serait plus vive encore si ceux à qui on y livrera les augustes monuments de la religion chrétienne n’étaient pas chrétiens . » [13] Ces paroles faisaient écho à celles de Pie X recevant Herzl et lui refusant un soutien, car il ne pouvait être question, pour un Pontife romain, sans se contredire ou se renier existentiellement de reconnaître les efforts d’un peuple qui ne reconnaissait pas le Christ. C’est logiquement et donc théologiquement irréfutable, quel que soit le scepticisme historique envers l’Antiquité douteuse. C’est la raison qui parle et non pas l’imagination ! Que l’opinion se rassure, car sous le règne de Pie XI on laissait dire au Vatican, note l’auteur catholique bruxellois que l’on souhaitait l’abandon des sites sacrés. C’est pour cela que la Revue Internationale des Société Secrète dirigée par Monseigneur Jouin publiait, dans sa collection de 1928, p.223, sur le voyage italien du président du Comité exécutif de l’Organisation sioniste Nahum Sokolov : « Avant de quitter Rome, M. Sokolov vit le cardinal Gaspari et fut reçu en audience par le Pape qui lui exprima sa sympathie pour l’œuvre sioniste. » [14] « J’aime les hommes qui ont un avenir », ainsi commençait la maxime d’Oscar Wilde citée au début… Y-a-t-il là de quoi prétendre accéder au temple de la gloire ou de l’infamie, sous le regard de l’Eternel féminin qui, dans ce cas, nous tire vers le bas, telle Kundry dans Parsifal, et encore s’est-elle repentie, grâce à Dieu ?

Notes

[1] The great European War must come.

[2] Cité dans American Jewish News et rapporté par Jewish Chronicle du 11 novembre 1927.

[3] Qui considère que le siège papal de Rome est vacant.

[4] « Aucun soldat en Europe –je souligne cette phrase- à comparer avec le Turc quand il est sur la défensive et en tranchée », « No soldier in Europe –I underline this statement- to compare with the Turk, when on the defensive and entrenched ». (Commandant M. Moukbil Bey, op.cit. infra, p.31, note 1

[5] Kut-el-Amara fut occupé le 29 octobre 1915 par l’armée britannique du général Townshend et lui servit de refuge après avoir échoué dans sa tentative de s’emparer de Bagdad. Le siège par les Turcs « avait duré exactement quatre mois et vingt-trois jours, depuis le 7 décembre 1915 jusqu’au 29 avril 1916. La garnison prisonnière comptait :5 généraux (Townshend ,Evans, Mellis, Delamain, Hamilton.272 officiers britanniques,2.592 soldats britanniques.204 officiers hindous,6.988 soldats hindous et divers, 3.248 prisonniers non armés. Au total 13.000 officiers de tous grades, sous-officiers et soldats.  » Commandant M. Moukbil Bey, « La Campagne de l’Irak 1914-1918, le siège de Kut-el-Amara », Editions Berger-Levrault, Paris, 1933,190pp., pp. 183-184

[6] « Des étrennes de feu ».Bref retour aux origines de la guerre du Golfe  » par Pierre-Michel Bourguignon, in Didaskô (j’enseigne, publication qui paraissait cinq fois par an, numéro 61 mars-avril 1991,27p., p.3.

[7] Conseiller maçonnique de Wilson, diplomate et co-fondateur de la Société des Nations, qui se donnait un grade fantaisiste de colonel, nommé Edward Mandell House (1858-1938).

[8] George W. Robnett : Zionist Rape of the Holy Land (rapt sioniste de la terre sainte) Crown City Publishing Company, Pasadena 1968 (1976),pages 120 & 121.

[9] “Es kann bemerkt werden, dass der eigentliche Name von Balfour Baal ist ? “ Karl Heise, Entente-Freimaurerei und Weltkrieg, Ein Beitrag zur Geschichte des Weltkrieges und zum Verständnis der wahren Freimaurerei, Verlag für ganzheitliche Forschung und Kultur, 408 S.S.127, Fussnote 8).

[10] Revue belge Didaskô citée, p.6.

[11] London Jewish Chronicle du 6 novembre 1987,page 44.

[12] « Quapropter Societatem, de qua loquimur, cum justitia et naturali honestate pugnare, ratio et veritas ipsa convincit  ». C’est pourquoi la raison et la vérité elle-même accusent la Société dont nous parlons de combattre la justice et la probité naturelle » (Lettre Encyclique « Humanum Genus », datée de Rome, 20 avril 1884

[13] Robert Vallery-Radot : Le temps de la colère (Grasset, Paris,1932,page 83).

[14] Selon Jewish Chronicle, 11 novembre 1927)

 
 
 
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