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Iran : sur les avertissements de Brzezinski

lundi 27 février 2012, par Pierre Dortiguier

Dans la dernière critique de Brzezinski aux milieux sionistes de ne pas provoquer l’Iran se trouve aussi une critique implicite, déjà formulée par lui, de la politique d’affrontement américaine contre les peuples irakien et afghan et généralement contre le bellicisme états-unien.

La condamnation par Brzezinski de la politique d’invasion de l’Irak par Bush n’était pas une dénonciation de l’Empire américain, mais la remarque que pareille faute politique diminuerait – ce qui a été avéré - l’antinomie irano-irakienne et produirait une solidarité ou une coopération entre les deux Etats contraire à la visée primordiale qui est le catéchisme de M. Brzezinski : l’encerclement de la Russie et de la Chine. Ce premier objectif est essentiel. On a voulu l’expliquer par un ressentiment polonais atavique contre la Russie. Mais l’origine aristocratique et la tradition diplomatique de la famille Brzezinski contredisent cette vision nationaliste. Il y a au contraire, selon le titre de son ouvrage principal, un « grand échiquier » international, et la question n’est pas tant de dominer tel pays que de plier tout à l’influence d’un leadership. Cette ambition du pouvoir est analogue à celle du grand-oncle de sa femme, le leader tchèque de naissance catholique et devenu maçonnique, Edouard Benes, et s’apparente donc à une conception idéologique, libérale, non pas ethnique. C’est une conception qui a amené à la fondation de la Trilatérale.

La situation actuelle de l’impérialisme proprement américain est fragile, après les succès de la guerre libyenne qui a porté au front ses deux principaux ouvriers, l’Angleterre et la France ; le mois de février 2012 est la date d’un échec devant la coalition ou front uni contre le bloc atlantiste de la Russie et de la Chine. Ce n’est pas que la doctrine Brzezinski veuille entraver le développement de ces deux Etats, mais elle veut - le mot ne sera jamais assez répété - les contrôler, en faisant en sorte qu’ils ne puissent trouver en eux le ressort d’un patriotisme mobilisateur des masses ; ce phénomène se produit en Russie où l’opposition à M. Poutine perd ses ailes et le corps déplumé de l’ancienne société eltsinienne fait rire le bon peuple. L’Allemagne est chargée, dans cette stratégie du diplomate américain, tout comme le Japon et l’Europe, de modifier la société chinoise et russe, mais pour aboutir à un fractionnement interne, permettant de « diviser pour régner ».

Le même objectif est assigné à l’Orient travaillé par la NED (National Endowment for Democracy) ; et l’attitude agressive des Etats-Unis et de l’entité sioniste éveillent peuples et gouvernement, leur permettant de grandir leur unité. Comment des attentats, par exemple, contre les scientifiques iraniens, comment des campagnes médiatiques, un blocus insensé et plus menaçant que réel du reste, mais entrepris néanmoins, n’augmenterait pas l’attention des Etats en élargissant leur base patriotique ?

C’est cela qui contredit la ruse de ce stratège auquel on doit « le piège afghan » où sont tombés les Russes, comme il l’avoua au Nouvel Observateur ; cette même ruse a mis en train le printemps arabe,

Mais l’objectif était de parvenir à un printemps iranien. Dans pareil chaos politique Russie et Chine perdaient leur glacis de protection. Ce même contrefort que la résistance syrienne à la dissidence vient de leur offrir.

A cet égard, il y a comme un enragement de ces doctrinaires qui est assez utopique. Comment eux qui se croient si forts dans le détail, et s’en vantent, comme quand M. Brzezinski rappelle son bon tour d’avoir armé les Talibans par la corruption de l’armée d’occupation russe, se retrouvent démunis devant les nécessaires contradictions de leur politique.

Ce sont ces contradictions ou oppositions qui redressent les pays membres de l’Organisation de Coopération de Shanghai et peuvent modifier aussi l’avenir politique de l’Europe « qui se lève tôt », pour le dire avec M. Sarkozy, c’est-à-dire qui a le plus de compétitivité et constate que le leadership états-unien affaibli par sa crise financière ne lui est pas nécessaire. Toute réponse par la violence ne peut, à cet égard, que raffermir les énergies et ouvrir le champ aux ambitions nationales ; ce que souhaitait De Gaulle. Cette dialectique cependant échappe à un homme qui s’effraye devant sa propre lacune : son système est bien celui d’un stratège, mais il oublie qu’un système n’est fort que s’il a une pensée, sinon c’est un jeu, et un échiquier suppose une bataille, mais n’en a pas une dimension humaine et existentielle. Et au-delà de la critique que l’on peut adresser à M. Brzezinski, c’est tout l’Américanisme qui se met à fondre comme une "grande illusion" de force.

 
 
 
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