Antipositivisme
Pierre Dortiguier
 
Accueil du site > Mes travaux > Articles politiques > Inaction révolutionnaire et action conservatrice : leçons syriennes.
 
 
Sites
 
Divers


Contacter Pierre Dortiguier

Plan du site
 

Inaction révolutionnaire et action conservatrice : leçons syriennes.

lundi 19 mars 2012, par Pierre Dortiguier

Il semble aller de soi que le monde politique, ou de la gouvernance libérale, se partage entre ceux qui sont en mouvement et ceux qui préfèrent le repos, en laissant le temps accomplir une œuvre débutée certes, par un programme ; mais celui-ci indique plus qu’il ne soutient, sinon le monde serait artificiel, et l’action ne mériterait pas d’être dite politique : chaque école délivrerait une formule mécanique de résolution des crises, d’impulsion et de progrès, et le gouvernant serait un ingénieur !

Cela semble être le cas en France où les disputes partisanes sont réglées par des mots qui n’accordent sur rien de précis, ni sur des chiffres incontestables, mais sur des dogmes de mécanique sociale qui aveuglent aussi sur des échecs ; c’est le cas en politique étrangère dans laquelle l’ancien agrégé de lettres classiques, le normalien avant d’être de l’E.N.A, M. Juppé excelle, en exhortant par sa rhétorique l’opposition syrienne, par exemple, à s’unir, et à se maintenir à tout prix, à taire ses dissensions, bref à oublier la complexité de la Syrie, pour ne songer qu’à l’action destructrice qu’on lui a confiée, ou plutôt que notre foi républicaine a payée grassement !

Aujourd’hui, pour revenir à la France experte et donneuse de leçons, le quotidien Les Echos chiffre les dépenses annoncées par les candidats, et tout se termine par la constatation que l’irréalisme ne fait plus peur. Personne ne peut payer ! Gratter la France, vous trouverez une Grèce en gestation ! Mais candidat officiel, comme d’opposition acceptent de concevoir le pays au bord d’un gouffre, ou précipité bientôt, comme le prophétise M. Rocard, dans un abîme, à la seule condition qu’on leur donne le plein pouvoir de légiférer des mesures coercitives, aux vertus magiques : faire payer les riches, est le motto commun, qui apaise l’opinion chauffée à blanc et qui sent le vent de la paupérisation ; mais dans les revenus, c’est l’opposant « de gauche », qui avec 30 000 Euros mensuels pour couvrir ses frais de notable de la Corrèze et assurer sa vie parisienne décente, l’emporte déjà sur un Sarkozy qui en déclare à peine plus de 19.000 ! Se présenter au peuple et s’unir à lui, c’est le critère de la démocratie, mais l’on peut avertir le peuple qu’il faut être exigeant en amitié ; et La Fontaine est dans la droite ligne de la sagesse d’Ali (béni soit-il) sur ce point :

Rien n’est si dangereux qu’un ignorant
Ami, mieux vaudrait un sage ennemi.

Que n’a-t-on écrit, depuis que l’on nous échauffe contre le régime syrien, de l’antithèse de la démocratie que serait celui qui a offert une constitution déjà ratifiée par une majorité de votants et qui prépare des élections législatives ; on lui oppose l’idée de liberté et de multipartisme que la Constitution reconnaît désormais, et avec suppression d’un état d’urgence que les interventions financées par les démocraties à basse intensité, si l’on peut dire ironiquement, de la région organisaient dans le pays, autrefois victime de coups d’Etats successifs avant la venue de Hafez el Assad !

Mais il est bon de séparer la réalité de l’illusion : les institutions ne se transplantent pas aisément, tout comme nos idéologues faisaient rouler des têtes et expropriaient clergé et paysans ou artisans en se réclamant des institutions anglaise libérales : elles l’étaient, mais les mœurs anglaises ne séparaient point l’ordre et la liberté : « C’est la prétendue école anglaise qui est la cause première de la Révolution en France, et les conséquences de cette révolution, qui est absolument antianglaise, désolent aujourd’hui le continent europée. »observait Metternich en exil à Londres en 1849.

On peut parler avec le même ton d’une prétendue école démocratique syrienne qui est en réalité antisyrienne ; et, quand nous apprenons les appels au meurtre, au tyrannicide, de cheikhs wahhabites ou assimilés, bien au chaud en Arabie saoudite ou au Qatar, nous pouvons aussi supposer qu’une école musulmane peut se révéler absolument antimusulmane, et faire même le lit d’une réaction à moyen terme libérale et athée, selon une tendance en pointe en France !

La leçon syrienne, à laquelle M. Bachar laissera son nom, est – selon une formule encore autrichienne - de conserver pour agir, c’est-à-dire de ne point précipiter les réformes qui ne tiendraient pas compte du temps capable seul de développer une unité sociale bouleversée par des guerres, des blocus et surtout des mensonges médiatiques qui gonflent d’illusion toute condition sociale. A cela l’opposition émigrée a répondu par l’inaction, imaginant qu’il y avait un « système Assad », tout comme nos libéraux ont parlé dans les salons parisiens et les clubs européens, au XIXème siècle, de « système Metternich » ; et qu’il suffisait d’un bain de sang pour que la situation syrienne leur apparaisse simple et offerte à leur appétit !

Un autre leçon syrienne, plus générale, est de modérer l’opposition entre conservatisme et réformisme : la vérité est à cet égard un juste milieu, et je citerai encore cet éloge de la vraie politique anglaise, celle de la merry old England par le même Metternich : « C’est toujours la chose que les Anglais considèrent ; la forme leur est indifférente. » Il ajoute que la recherche du confort rend la maison seule vivable, et qu’il n’y a pas à imiter –comme les politiques le font- ces palais italiens inhabitables « parce que les architectes ont surtout en vue la correction absolue des formes ». 

 
 
 
Publications récentes
Publications par mois
 
Copyright 2011 Pierre Dortiguier