Dans son « Essai d’un théorie générale de la comparaison » [1] (au début des année 90) Goethe oppose à l’expression téléologique (finaliste) « Le poisson existe pour l’eau », l’autre « existe pour l’eau et par l’eau » qui veut dire tout bonnement : « L’existence d’une créature que nous nommons poisson n’est possible qu’à la condition d’un élément que nous nommons l’eau » par quoi la « forme (Gestalt) décidée » est présupposée expressément comme « identique au noyau interne » du poisson, et reconnue comme tel. Dans la belle dissertation philosophique « Instinct de formation » [2] (1820) n’est pas seulement présupposée une « activité antécédente » qui « s’oppose à nous « personnifiée, … comme un Dieu » [3] … comme un créateur et un conservateur, que nous sommes contraints de toute façon à prier, à vénérer et à apprécier. » On présuppose tout aussi bien le « Gestalt » (forme) : « et si nous ne pouvons pas penser à une préformation, nous en venons à un prédélinéation, prédétermination, à une préstabilisation, et de quelque façon qu’elle se puisse nommer, qu’il faudrait présupposer, jusqu’à ce que nous puissions l’avérer » [4] Il faut également renvoyer à la dissertation tardive « Vie et mérites » du docteur Joachim Jungius, recteur à Hambourg (1831), et au principe de « l’intensification » (Steigerung) qui répond au principe de formation chez Ehrenfels dans sa voie des Gestalt toujours nouvelles et toujours plus élevées.
Nous sommes par-là parvenus d’emblée au sommet de la doctrine ehrenfelsienne de la Gestalt (Gestaltlehre). En effet, expressément et de manière très lapidaire, il explique dans la dernière petite dissertation de 1932, que nous avons utilisée comme fils conducteur sur la Cosmogonie, rien que ce qui suit : « La croyance aux qualités des Gestalt sert aussi de fondement à ma Cosmogonie [5] (parue en 1916 chez Diederichs à Jéna).
Il est nécessaire, pour comprendre cette manière de voir, de distinguer entre les Gestalt inférieures et élevées. Déjà dans la Cosmogonie (chapitre IV, 2.) ont été brièvement et nouvellement introduits les deux concepts de « pureté » et « hauteur » de la Gestalt […] Une hirondelle ou une tulipe ont une Gestalt plus haute qu’un tas de pierre ou une motte de terre. « Les Gestalt les plus hautes sont celles dans lesquelles le produit de l’unicité du tout et de la diversité des parties est plus grand » [6]
Cette présentation d’Ehrenfels est tirée des Mélanges réunis en l’honneur de son centenaire intitulé « Gestalthaftes Sehen, Ergebnisse und Augaben der Morphologie » Vision attachée à la Gestalt, résultats et tâches de la morphologie. Herausgegeben von Ferdinand Weinhandl, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, Darmstadt, 1960,439 S. S.9