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« Financements très obscurs » d’un certain islamisme !

mardi 5 juin 2012, par Pierre Dortiguier

Il fut d’abord un excellent camarade d’hypokhâgne à Louis-le-Grand, avec ce ton parisien de la bourgeoisie de Russie qui formait alors une certaine aristocratie, assez bienveillante et paternelle, très instruite, contrastant avec la nouvelle vague, moins cultivée et hâbleuse, qui devait tout submerger avec le médiocre Cohn-Bendit, et une suite, dont BHL est le dernier coquillage échoué sur notre plage politique : tel est le sociologue et fin lettré que je retrouve avec cet esprit méticuleux, malicieux et très clair dans ses expositions, en l’occurrence, du concept multiforme d’islamisme, ou « d’islamo-business » en Europe.

Son expérience historique familiale lui permettait de traiter du statut des minorités allogènes, comme on le disait alors sous le tsarisme. La question des nationalités et du rapport administratif des trois principales religions appartient, en effet, hier et aujourd ’hui, au même paysage russe qui se dessine analogiquement en Europe où la communauté de foi musulmane multiraciale, comprend, hors les Turcs, plus de 44,1 millions d’habitants (chiffre de 2010) et accroîtra modérément son nombre dans la génération suivante, pour atteindre 58,2 millions en 2030, soit 8% de la population [1]

Le dernier livre de ce sociologue, surtout très bon connaisseur de l’Afrique, qui manie avec prudence l’outil statistique, soulèvera des disputes, dans un peuple prompt à la controverse, et toujours rapide dans ses conclusions. Comme dans sa jeunesse, Jean-Paul Gourévitch ne se paye pas de mots, mais a la franchise du vocabulaire, à cause de sa formation classique, et un certain sens de l’impératif culturel aussi, qui évite de se taire, tout en restant laconique, bref... Son enquête de « consultant international » intitulée « la Croisade islamiste » révèle certains aspects troublants, déjà suspectés par de nombreux patriotes musulmans, de ce mouvement islamique qui est bien plus près de la « croisade » d’Eisenhower pour américaniser le continent, que d’autre chose. « Il faut rendre justice », écrit Jean-Paul Gourevitch, dans un entretien accordé à l’hebdomadaire parisien « Rivarol » de ce 25 mai, « à ceux qui les premiers ont essayé de décrypter les financements très obscurs de l’islamisme, comme Richard Labévière ou Loretta Napoleoni (l’économiste romaine versée dans l’étude des sources financières de mouvements terroristes). Personne ne conteste plus les étranges mouvements de capitaux qui se sont produits sur les marchés des actions d’American Air Lines, British Airways et des matières premières entre le 6 et le 11 septembre 2011. C’est, en tout cas, la preuve manifeste que certains savaient qu’une opération terroriste était projetée. En revanche, et faute sans doute d’avoir accordé une attention suffisante à ces mouvements au moment où ils se sont produits, on ne sait pas bien aujourd’hui qui en a tiré profit ».

L’ironie de Gourévitch est manifeste, car il suffit de connaître les effets du 11 septembre pour savoir l’instrumentalisation de l’islamisme. « Le financement de l’islamisme reste très obscur », poursuit Gourevitch, « et il faudra de nombreuses investigations sur le terrain pour mettre à jour toutes les interconnexions dont j’ai seulement tenté de démêler l’écheveau. Ce qu’on peut dire est qu’il y a un financement externe par le secteur bancaire et les Etats qui pratiquent souvent le double jeu, comme le Qatar, qui à la fois rachète le PSG (Paris-Saint-Germain) et finance les milices islamistes d’Al-Shebab en Somalie ». Gourevitch parle « d’islamo-business ».

A qui profite cet islamisme, ou ce que par une alliance de mots paradoxale, une « opposition sémantique », est entendu par la « croisade islamique », dont la Syrie est l’actuel champ de bataille et se retrouve dans la vraie tradition, si l’histoire dit vrai, des anciennes croisades destructrices des Etats nationaux et des populations chrétiennes arabes ?

Cette situation fait penser à un mot célèbre de Français ; je vois sous le nom de cartésianisme ou de philosophie se préparer un grand combat contre la religion, annonçait l’orateur sacré. Or jamais Descartes, catholique qui convertit même Christine de Suède à la religion romaine, ne doutait des vérités de la foi et de l’ordre social chrétien. De même sous le nom d’islamisme se prépare un grand combat contre la religion musulmane même, peut-on pressentir. Chaque victime du charnier syrien le confirme. Les esprits superficiels, autant ceux qui s’occupent de politique que ceux qui la font ou l’exécutent tireront de cette Croisade islamique les fantômes ou les arguments qu’ils voudront. Mais une certaine zone d’ombre demeure, jusqu’aux racines de certains mouvements inspirés de l’extérieur de la communauté musulmane, terroristes, comme la Bahaïsme en Iran (dont le siège est dans l’Haïfa sioniste), la Wahhabisme dont les portefeuilles sont sûrement sur les places occidentales, et autres subdivisions qui surgissent comme les diables d’une boîte à malices.

Cet islamisme artificiel ou mûri en serre chaude, comme un serpent à sang froid, dont des pouvoirs utilisent le venin, a aussi un trait caractéristique relevé par Gourevitch : le milieu carcéral, dont le plus célèbre en Occident aura été Guantanamo, forme des individus malléables et que les pouvoirs peuvent faire agir, selon une stratégie qui les dépasse.

Nous avons vu ainsi une des ces figures du complexe carcéral U .S. , présenté comme un ennemi redoutable de la démocratie, servir de mercenaire à l’offensive occidentale contre la Libye. Et ces mêmes gens remonter, par la Jordanie, le chemin des croisades en Syrie, et demain ? La grande ruse du Diable, disait-on, est de faire croire qu’il n’existe pas, et celui de l’islamisme qu’il existe comme on le présente, mais sans que l’on sache très bien ce que ce mouvement recouvre, ce qu’il contient et qui le ranime.

Ce que l’enquête ne peut conclure, le sang peut le démontrer, et permettre de répondre à trois questions : Ce terrorisme ou cette croisade soulage-t-elle ou aggrave-t-elle la dépendance palestinienne ? Fait-elle quelque chose pour Al Qods, eût dit l’Imam Khomeiny, d’heureuse mémoire. Cette croisade fortifie-t-elle ou distend-t-elle les liens entre les monarchies du Golfe et leur cerveau anglais, qui les a créées ?

Ce terrorisme permet-il à l’Europe, c’est notre question propre, de se distancer ou de se lier plus étroitement à la stratégie du leadership US. Cette réponse permet de distinguer entre le vrai et le faux islamisme, étant entendu que le terme n’est point péjoratif, mais ne le devient que pour ceux, eût écrit Jean-Paul Sartre, qui ont « les mains sales » !

Notes

[1] voir l’étude statistique : « The future of the Global Muslim population », projections for 2010-2030, publiée le 27 janvier 2011, parue dans « The Pew Forum » http://www.pewforum.org/The-Future-..., toutefois : « de 1990 à 2010, la population musulmane globale a augmenté à un taux moyen de 2,2% , comparée au taux moyen de 1,5% de la période allant de 2010 à 2030  »

 
 
 
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