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Le portrait d’Ehrenfels par Böcklin : « L’aventurier »

Commentaire de sa femme Emma

jeudi 12 mai 2011

Dans une société viennoise, on me présenta deux historiens parisiens de l’art qui, aussitôt au nom, s’informèrent de quand Böcklin avait entrepris ce portrait de mon mari. Le fait que les deux ne se fussent jamais personnellement rencontrés fut pour moi simplement incroyable. Vu que je ne connaissais pas le tableau, une reproduction en encadré me fut offerte par monsieur et madame Chamberlain.

J’accrochais ce petit tableau près de mon secrétaire qui était à une place élevée entre des fenêtres d’angle. La petite Immerl (Imma) n’y découvrit que dans sa deuxième année l’image de son père chaudement aimé, la réclamait de ses deux petits bras et l’embrassait toujours de nouveau, aussi longtemps qu’elle pouvait la conserver. Et c’est bien ce qui valide le plus cette merveilleuse ressemblance. [1]

Un propos de lui :

« Au Moyen-âge peut-être serais devenu moine, j’en ai un trait. » (« Im Mittelalter wäre ich vielleicht Mönch geworden, dazu habe ich einen Zug ! »)

Le meilleur et le plus génial portrait de Christian von Ehrenfels est en effet le tableau dénommé par Böcklin « « L’Aventurier » (Der Abenteurer). La forme marquante du crâne, le profil, le coup d’œil qui voit dans le vaste lointain en configurant (gestaltend), pendant que son cheval passe avec horreur en peinant au-dessus de vieux ossements de morts ; là-dessus encore, le geste caractéristique, de porter librement la tête, le casque ôté. Cette singularité individuelle en même temps interne et externe dans l’accord d’un personnage artistique de fantaisie et d’un étranger vivant serait un miracle du hasard. Mais peut-être que Böcklin avait aperçu une fois quelque part en Suisse Ch. Ehrenfels comme un étranger, que l’impression visuelle était restée attachée au peintre et que son sentiment du style formait dans une intuition géniale la Gestalt comme un tout, même dans sa disposition. Le nommer « Aventurier », c’est un expédient de l’époque qui n’a plus de titre pour cela. Il y a quelques siècles il eût été, en conformité avec le temps, le « Chevalier ». Un petit lied qu’Ehrenfels, au temps d’Augsburg, a composé, indique une telle possibilité.

Quand je vois de la chambrette
Au loin dedans le monde
Oh, comme c’est attirant !
Je voudrais bien chevalier être,
Avec l’épée me battre
Chanter dans la danse et le vin,
Amour, ta cantine.

Cependant le brave père de famille était justement antialcoolique ! Pourtant cette merveilleuse ressemblance de l’œuvre de Böcklin avec le philosophe et l’homme de devoir (Pflichtmensch) consciencieux donne à réfléchir.

Notes

[1] (Voir la reproduction dans le livre de Max Osborn, Geschichte der Kunst, eine kurzgefasste Darstellung ihrer Hauptgedanken, neue durchgesehene und bis zur Gegenwart fortgeführte Auflage,Verlag Ullstein- 1 Co/Berlin. 1920, 490 pp. S. 404)

 
 
 
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