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En repartant pour la Syrie...

samedi 7 juillet 2012, par Pierre Dortiguier

Ce chant médiéval des Croisades, nous l’avons déjà dit, servit d’hymne national officieux à Napoléon III et l’on pourrait en faire celui du régime U.Socialiste, qui, en matière de politique étrangère, reste, dans une stricte continuité avec l’ancien régime de M. Sarkozy, présentement, réfugié au Canada. Il dit tout un état d’esprit fait de rêveries absurdes et de tromperies sentimentales, matérielles, et, finalement, de trahison de la fameuse « politique arabe » de la France, composée d’équité et de souci de l’ordre.

On s’attendait à ce que la Conférence de Paris, réunie, au Quai d’Orsay, fût un procès révolutionnaire – dans un cadre de dorures où se pavanent les têtes les plus fortunées de l’univers diplomatique, à commencer, par Madame Clinton - ; procès du Président, légalement et électoralement, reconnu, Bachar al-Assad. Cet homme est, pour nos diplomates, insupportable, comme l’est une serrure à un cambrioleur : ce que l’anglais entend par « intolérable » ; il est un affront à la volonté d’avilissement de tout le personnel oriental, par la politique de découpage et de métamorphose démocratique, en réalité, ploutocratique de la « région ». Et, si l’on revient quelques années en arrière, le même énervement se montrait contre l’occupation syrienne du Liban, c’est-à-dire la protection que la partie indépendante du pays accordait à la partie, longtemps unie à lui, dans les siècles, et divisée par des conflits d’intérêts et une corruption connue. Telle était la vérité de la situation.

Que la Syrie soit représentée, comme la peau de chagrin que l’on feuillette, jusqu’à sa mort, c’est le sentiment que dégage cette conférence ; mais l’événement n’aura pas été la défection de tel général ami d’enfance, nous apprend-t-on, du Président syrien ; cela n’est que l’illustration du propos relevé par le philosophe allemand Kant d’un membre du parlement anglais, qui, exaspéré, s’écriait : "Tout homme a un prix pour lequel on l’achète". Cela prouve que ce général avait une certaine quantité, mais était dépourvu de cette qualité que le même philosophe désignait par la « dignité » ; et chaque mouvement réel ou fictif révolutionnaire fait bien apparaître ce genre de distinction !

L’avancée des Atlantistes ou Otaniens aura été l’accusation ou les tirs à boulets rouges contre la Russie et la Chine ; il n’est pas sûr que cette tactique soit habile, et qu’elle convainque nos deux géants de retirer leur esprit de véto, qui est celui de procéder à une contre-offensive.

D’un côté, nous voyons des manœuvres, pour contourner le Conseil de sécurité, et le battage est tel qu’il donne l’impression à l’homme de la rue que la force de la morale peut faire fi du droit international ! Que le cœur a ses raisons que celui-ci ne connaît point. De l’autre, une suite non entendue de voix, en Occident, dénoncent, dans tous les partis et les sectes syriennes, religieuses ou politiques, l’égorgement systématique d’une population : certes, l’Occident peut s’illusionner sur sa force et, surtout, sur la solidité de son allié turc, plus impopulaire qu’on ne le dit, en politique étrangère et inter-ethnique, mais il a le temps contre lui : chaque jour apporte la preuve que, sans le soutien logistique occidental, l’opposition syrienne de l’étranger se défait, ou a peine à s’affirmer ; déjà M. Juppé le lui reprochait, tout comme MM Fabius et Moscovici, par exemple ; mais c’est que l’opposition syrienne qui marche sur les tapis du quai d’Orsay n’a qu’un soutien matériel et financier, sans base politique populaire.

Et cette vérité qui n’est pas inconnue à nos bellicistes et à ceux qui encadrent, à notre honte, les terroristes, n’exacerbe que davantage le conflit entre le bloc eurasiatique russo-chinois et celui qui traîne, de mer en mer, son ambition de juguler tout mouvement ou existence économique indépendante de lui !

Les conséquences de cette réunion parisienne dépasseront la Syrie. En partant la conquérir, l’on se heurte à une conscience asiatique d’avoir à subir une nouvelle emprise coloniale, alors que son travail et ses ressources financières lui font toucher du doigt sa supériorité inéluctable relativement à un Empire américain qui ne se maîtrise plus.

Que nous allions, ainsi, de conférences en promesses de réunion sur la Syrie et l’Iran, car les deux Etats sont solidaires, devant l’agression méthodique de l’Occident, nous verrons apparaître, logiquement, une réaction qui peut prendre plusieurs formes : - Commerciale, d’abord, par un renforcement de l’Organisme de coopération de Shanghai, mais des échanges, l’on pourrait passer et l’on y passera, à des accords locaux militaires, à savoir, des alliances, selon un processus historique connu. - Politique, aussi, sous une forme non pas d’assimilation de régimes très divers et hétérogènes mêmes, mais par reconnaissance commune du danger constitué par l’hégémonie US. Se retournerait, alors, trente ans après la doctrine Brezinski, contre l’Amérique et ses tentacules atlantistes, l’idée de coalition ou d’encerclement ; la Chine connaît cette tactique, avant ceux qui l’aiment, par le jeu de Go et autres systèmes où le pénétré se fait lui-même prison de celui qui n’a pas tenu compte de ses propres limites ; en ne spéculant que sur la faiblesse d’autrui !

Que Madame Clinton prenne donc garde aux joueurs qui lui font face et ont cet avantage d’occuper leur propre territoire ; ce qui n’est point le cas de ceux qui se maintiendront plus par l’Arrogance et la crainte de leur ruine que par la certitude de posséder une force matérielle, la morale étant éteinte depuis très longtemps, à supposer qu’elle ait pu même avoir été, selon le beau mot de Hegel, au 19ème siècle, sur les Grecs anciens, « un élément éthique » ! L’appel à verser le sang syrien confirme ce jugement.

 
 
 
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