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De l’Alcoran

samedi 23 août 2014, par Pierre Dortiguier

Notre infâme débauché cherche un subterfuge chez les Turcs pour justifier les « Dames de Babylone ». Il prend la comédie d’Arlequin « Ulla » (opéra-comique de Le Sage et d’Orneval qui fut jouée pour la première fois en 1716 ; la comédie de Dominique et Romagnesi, qui porte le même titre, est de 1728) pour une loi des Turcs. Dans l’Orient, dit-il, si un mari répudie sa femme, il ne peut la rependre que lorsqu’elle a épousé un autre homme qui passe la nuit avec elle, etc. Mon paillard ne sait pas plus son Alcoran que son Baruch : qu’il lise le chapitre du grand livre Arabe donné par l’Ange Gabriel, [1] ; c’est dans ce chapitre 2, intitulé la Vache, que le Prophète, qui a toujours soin des Dames, donne des lois sur leur mariage et sur leur douaire. Ce ne sera pas un crime, dit-il, de faire divorce avec vos femmes, pourvu que vous ne les ayez pas encore touchées, et que vous n’ayez pas encore assigné leur douaire : et si vous vous séparez d’elles avant des les avoir touchées, et après avoir établi leur douaire, vous serez obligé de leur payer la moitié de leur douaire, etc. à moins que le nouveau mari ne veuille pas le recevoir [2]. Kifrom Hecbala Doromser Ernam Rabola Ifron Tamon Erg Bemin Ouldeg Ebori Caramousen, etc.

« Il n’y pas peut-être point de loi plus sage : on en abuse quelquefois chez les Turcs, comme on abuse de tout. Mais en général on peut dire que les lois des Arabes, adoptées par les Turcs leurs vainqueurs, sont bien aussi simples pour le moins que les coutumes de nos Provinces, qui sont toujours en opposition les unes avec les autres. Mon oncle faisait grand cas de la jurisprudence Turque. Je m’aperçus très bien dans mon voyage à Constantinople, que nous connaissons très peu ce peuple dont nous sommes si voisins. Nos moines ignorants n’ont cessé de les calomnier. Ils appellent toujours leur religion sensuelle ; il n’y en a point qui mortifie plus les sens. Une religion qui ordonne cinq prières par jour, l’abstinence de vin, le jeûne le plus rigoureux, qui défend tous les jeux de hasard, qui ordonne, sous peine de damnation, de donner deux et demi pour cent de son revenu aux pauvres, n’est certainement pas une religion voluptueuse, et ne flatte pas, comme on l’a tant dit, la cupidité et la mollesse. On s’imagine chez nous que chaque Bacha a un sérail de sept-cents femmes, de trois-cents concubines, d’une centaines de jolis pages, et d’autant d’Eunuques noirs. Ce sont des fables dignes de nous. Il faut jeter au feu tout ce qu’on a dit jusqu’ici des Musulmans. Nous prétendons qu’ils sont autant de Sardanapales, parce qu’ils ne croient qu’un seul Dieu. Un saint Turc de mes amis, nommé Notmig, travaille à présent à l’histoire de son pays ; on la traduit à mesure ; le public sera bientôt détrompé de toutes les erreurs débitées jusqu’à présent sur les fidèles croyants. »

Voltaire, La Défense de Mon Oncle contre ses infâmes persécuteurs, Genève, 1768,110 pp. chapitre III, pp.16-18

Notes

[1] & le §.45 de la Sonna

[2] voir le verset 237

 
 
 
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