« Le remarquable philosophe de l’Université de Prague, Christian baron von Ehrenfels, a célébré son 70ème anniversaire. L’Université a saisi l’occasion de la fin de son activité d’enseignement pour lui offrir un départ festif. Ont parlé le recteur, le doyen, les collègues, les élèves. Ensuite le fêté lui-même a pris la parole pour un adieu très saisissant. Car si partout aujourd’hui l’idéalisme allemand impulse les esprits, à plus forte raison dans ce penseur issu de la vieille noblesse autrichienne.
Ehrenfels le découvreur de la loi des nombres premiers, le grand théoricien des « qualités de Gestalt » (Gestaltqualités), le poète de « Cosmogonie » a confessé dans ce mot d’adieu une vie d’utopies, d’erreurs nombreuses, d’une foi qui ne sombre jamais [2]
Dans les meilleurs Allemands vit, peut-être en corrélat au débordement [3] des idées, un penchant à l’auto-destruction, à l’autoaccusation jusqu’à l’anéantissement. Ehrenfels vient de Brentano [4]
et a dû aller au contact des phénoménologues – à l’heure donc où sa semence commence de germer, cet esprit s’accuse de petites erreurs dans lesquelles l’a enfermé un génie étranger à la réalité. [5] Et presque paradoxalement on se plaît à la manière dont ce penseur élevé dans un noble catholicisme, au même instant où il condamne encore fanatiquement la doctrine de Kant et son influence sur la jeunesse allemande impériale [6], parle encore cependant d’une œuvre qui n’est plus achevable, dans laquelle il voulait déposer une couronne sur la tombe du catholicisme englouti.
Ce moment nous a donné à penser. Peut-être n’était-il pas professeur, ce philosophe d’une âme allemande, non pas guide au sens direct. Et cependant il est un modèle. Celui qui a pu entendre ce discours dans une confiance juvénile, a dû sentir les forces qui, supérieurement à la personne, rayonnent de cette personnalité ».
Portrait de Franz Brentano
Professor Ehrenfels ’ 70. Geburtstag
« Der bedeutende Philosoph der deutschen Universität in Prag, Professor Christian Freiherr von Ehrenfels, feierte seinen 70. Geburtstag. Da dadurch bedingte Ende der Lehrtätigkeit veranlasste die Universität, ihm einen feierlichen Abschied zu bieten. Es sprachen der Rektor der Dekan, die Kollegen, die Schüler. Dann nahm der Gefeierte selbst das Wort zu einem in vielem ergreifenden Abschiedsbekenntnis. Wenn irgendwo heute noch deutscher Idealismus in Geistern treibt, dann in diesem alten österreichischen Adel entsprossenen Denker und Künstler. Ehrenfels, der Entdecker des Primzahlengesetzes, der grosse Theoretiker der « Gestaltqualitäten », der Dichter der « Kosmogonie », bekannte sich in diesem Abschiedswort zu einem Leben der Utopien, vieler Irrtümer, nie sinkenden Glaubens.
In den besten Deutschen lebt, vielleicht als Korrelat zur Hybris der Ideen, ein Hang zur Selbstzerstörung, zur Selbstanklage bis zur Vernichtung. Ehrenfels kommt von Brentano her und musste so zur Berührung mit den Phänomenologen kommen –in der Stunde also, da seine Saat zu keimen beginnt, klagt sich dieser Geist der kleinen Irrtümer an, in die ihn ein wirklichkeitsfremder Genius verlockt hat. Und fast paradox mutet es an, wie dieser in edlem Katholicismus erwachsenen Denker in der gleichen Stunde, in der er die Lehre Kant’s und ihre Wirkung auf die reichsdeutsche Jugend noch einmal fanatisch verdammt, doch auch von einem nicht mehr vollendbaren Werke spricht, in dem er den untergegangenen Katholicismus den Kranz auf das Grab legen wollte.
Uns gab diese Stunde zu denken. Vielleicht war er nicht Lehrer, dieser Philosoph einer deutscher Seele, nicht Führer im direkten Sinn. Und doch ist es Vorbild. War diese Rede in jungen Vertrauen zu hören vermöchte, musste die Kräfte spüren, die von dieser Persönlichkeit überpersonlich ausstrahlen. »
Berliner Tagblatt, 1932, Oskar Schürer