Antipositivisme
Pierre Dortiguier
 
Accueil du site > Christian Ehrenfels > Biographies de Christian Ehrenfels > Témoignages contemporains > Célébration du 70ème anniversaire d’Ehrenfels
 
 
Sites
 
Divers


Contacter Pierre Dortiguier

Plan du site
 

Célébration du 70ème anniversaire d’Ehrenfels

par Oskar Schürer

samedi 18 juin 2011

Célébration du 70ème anniversaire d’Ehrenfels par l’historien de la culture allemande en Slovaquie et auteur d’une magnifique monographie sur Prague de 454 pp. publiée en 1930 à Munich et à Brünn et rééditée, et une autre monographie sur Augsbourg, Oskar Schürer [1], de confession protestante, parue dans le quotidien libéral Berliner Tagblatt.

« Le remarquable philosophe de l’Université de Prague, Christian baron von Ehrenfels, a célébré son 70ème anniversaire. L’Université a saisi l’occasion de la fin de son activité d’enseignement pour lui offrir un départ festif. Ont parlé le recteur, le doyen, les collègues, les élèves. Ensuite le fêté lui-même a pris la parole pour un adieu très saisissant. Car si partout aujourd’hui l’idéalisme allemand impulse les esprits, à plus forte raison dans ce penseur issu de la vieille noblesse autrichienne.

Ehrenfels le découvreur de la loi des nombres premiers, le grand théoricien des « qualités de Gestalt » (Gestaltqualités), le poète de « Cosmogonie » a confessé dans ce mot d’adieu une vie d’utopies, d’erreurs nombreuses, d’une foi qui ne sombre jamais [2]

Dans les meilleurs Allemands vit, peut-être en corrélat au débordement [3] des idées, un penchant à l’auto-destruction, à l’autoaccusation jusqu’à l’anéantissement. Ehrenfels vient de Brentano [4]  et a dû aller au contact des phénoménologues – à l’heure donc où sa semence commence de germer, cet esprit s’accuse de petites erreurs dans lesquelles l’a enfermé un génie étranger à la réalité. [5] Et presque paradoxalement on se plaît à la manière dont ce penseur élevé dans un noble catholicisme, au même instant où il condamne encore fanatiquement la doctrine de Kant et son influence sur la jeunesse allemande impériale [6], parle encore cependant d’une œuvre qui n’est plus achevable, dans laquelle il voulait déposer une couronne sur la tombe du catholicisme englouti.

Ce moment nous a donné à penser. Peut-être n’était-il pas professeur, ce philosophe d’une âme allemande, non pas guide au sens direct. Et cependant il est un modèle. Celui qui a pu entendre ce discours dans une confiance juvénile, a dû sentir les forces qui, supérieurement à la personne, rayonnent de cette personnalité ».

Portrait de Franz Brentano

Professor Ehrenfels ’ 70. Geburtstag

« Der bedeutende Philosoph der deutschen Universität in Prag, Professor Christian Freiherr von Ehrenfels, feierte seinen 70. Geburtstag. Da dadurch bedingte Ende der Lehrtätigkeit veranlasste die Universität, ihm einen feierlichen Abschied zu bieten. Es sprachen der Rektor der Dekan, die Kollegen, die Schüler. Dann nahm der Gefeierte selbst das Wort zu einem in vielem ergreifenden Abschiedsbekenntnis. Wenn irgendwo heute noch deutscher Idealismus in Geistern treibt, dann in diesem alten österreichischen Adel entsprossenen Denker und Künstler. Ehrenfels, der Entdecker des Primzahlengesetzes, der grosse Theoretiker der « Gestaltqualitäten », der Dichter der « Kosmogonie », bekannte sich in diesem Abschiedswort zu einem Leben der Utopien, vieler Irrtümer, nie sinkenden Glaubens.

In den besten Deutschen lebt, vielleicht als Korrelat zur Hybris der Ideen, ein Hang zur Selbstzerstörung, zur Selbstanklage bis zur Vernichtung. Ehrenfels kommt von Brentano her und musste so zur Berührung mit den Phänomenologen kommen –in der Stunde also, da seine Saat zu keimen beginnt, klagt sich dieser Geist der kleinen Irrtümer an, in die ihn ein wirklichkeitsfremder Genius verlockt hat. Und fast paradox mutet es an, wie dieser in edlem Katholicismus erwachsenen Denker in der gleichen Stunde, in der er die Lehre Kant’s und ihre Wirkung auf die reichsdeutsche Jugend noch einmal fanatisch verdammt, doch auch von einem nicht mehr vollendbaren Werke spricht, in dem er den untergegangenen Katholicismus den Kranz auf das Grab legen wollte.

Uns gab diese Stunde zu denken. Vielleicht war er nicht Lehrer, dieser Philosoph einer deutscher Seele, nicht Führer im direkten Sinn. Und doch ist es Vorbild. War diese Rede in jungen Vertrauen zu hören vermöchte, musste die Kräfte spüren, die von dieser Persönlichkeit überpersonlich ausstrahlen. »

Berliner Tagblatt, 1932, Oskar Schürer

Notes

[1] Oskar Schürer (22 octobre 1892-29 avril 1949 à Heidelberg) a étudié en 1911/12 l’histoire de l’art à Munich et s’est porté volontaire d’un an pour son service militaire en 1913, le service militaire obligatoire n’existant pas alors en Allemagne, à la différence de la France révolutionnaire, ni non plus de mobilisation générale. La guerre le met à la tête d’une batterie antiaérienne. Ayant continué ses études dans plusieurs universités, il passe une première thèse à Dresde et cherche à présenter sa thèse d’Habilitation au professorat à Prague, et l’obtient à Halle en 1932. Jusqu’en 1937, Schürer voyage en Slovaquie pour se documenter sur l’art allemand. Il épousa une allemande de Bohème, professeur de gymnastique ; il eut une chaire de maître de conférence en histoire de l’Art à Munich, à partir de 1939 et en 1942 qu’il devint titulaire d’une chaire à Darmstadt jusqu’à sa mort. « En Allemand je vois dans les remarquables monuments de l’histoire de Prague l’activité de mon peuple. Mais je n’en néglige pas pour autant l’activité du peuple tchèque », « Als Deutscher sehe ich in bedeutenden Denkmalen der Prager Geschichte die Leistung meines Volkes. Ich übersehe daher aber nicht die Leistung des tschechischen Volkes  », écrit dans sa préface du printemps 1930 le professeur O. Schürer.

[2] Nie sinkenden Glaubens

[3] Dans le texte : à l’hybris, terme par lequel le grec désigne la démesure que les dieux punissent visiblement dans la tragédie.

[4] 1838-1917, prêtre défroqué et marié, qui entraîna du séminaire où il était professeur à Würzbourg, quelques élèves devenus des maîtres de philosophie positiviste qui confondaient comme lui méthode scientifique et philosophique.

[5] Ein wirklichkeitsfremder Genius

[6] Die reichsdeutsche Jugend : La proclamation de la République à Weimar n’avait pas supprimé l’Empire ou Reich ; seule la forme constitutionnelle républicaine avait été substituée à la monarchique ; reichsdeutsch désigne l’Allemagne ; et l’Autriche, également de forme républicaine s’intitulait « Austro-allemande » (Deutschösterreichische Republik ou Deutsch-Österreich), car la république n’avait été proclamée que pour conserver le caractère allemand de la Carinthie occupée par les forces serbes et slovènes. Dans son journal la veuve d’Ehrenfels précise que son mari était pour le rattachement de l’Autriche germanique ainsi définie à l’Allemagne. L’article 88 de la Société des Nations à la demande du franc-maçon Clémenceau et sur la pression de la Tchéquie et du roi de Yougoslavie, pays formés et unis par la même fraternité, interdisait à l’Autriche le rattachement à l’Allemagne qui était inscrit cependant dans la Constitution. Le traité d’Etat conclu par les quatre puissances occupantes de l’Autriche, le 15 mai 1955 mettait fin au régime d’occupation militaire et au pilage du pays - avec de nombreux viols et meurtres dans la zone russe du Burgenland, dont notre ami le professeur émérite de philosophie, l’antipositiviste Michael Benedikt deVienne nous donna le chiffre exact, dès notre première rencontre à l’été 1973, mais aussi ailleurs - à la condition, par l’article 4, que le pays s’engage à ne jamais se rattacher à l’Allemagne, et cela va si loin que si la Russie soviétique se sentait menacée par l’évolution politique autrichienne, elle se réservait - et ce droit n’a pas été aboli - le droit d’intervenir sans déclaration de guerre. Aujourd’hui il y a autant de frontières à l’intérieur du pays fédéral qu’avec l’Allemagne.

 
 
 
Publications récentes
Publications par mois
 
Copyright 2011 Pierre Dortiguier