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Ce que dit réellement M. Claude Guéant…

lundi 6 février 2012, par Pierre Dortiguier

Les vagues électorales ressemblent, à parler en Parisien, aux évolutions des bateaux de papier sur les eaux du jardin du Palais du Luxembourg, au Sénat : chacun s’imagine qu’il fait voguer une flotte, et l’homme qui se croit puissant ou riche, parce que ses courtisans ou son banquier le lui disent, redevient un enfant pour conquérir ses électeurs, car il les charme par ses rêves ! Du moins au pays des droits de l’homme ! Et justement la méprise faite par des esprits naïfs serait de porter la dernière déclaration du ministre de l’intérieur sur les différences de civilisation, qui ne se valent pas toutes, au compte d’une ignorance des principes d’égalité républicaine. Elle en est, au contraire, l’expression la plus brutale et découvre même une vérité bonne à entendre.

Dans sa fierté républicaine sectaire affirmée, le ministre impose en réalité une vision traditionnelle fondée sur l’égalité terroriste, qui s’est exercée durant la Révolution française envers tous ceux, nos amis continentaux d’Outre-Rhin et d’Autriche, etc. en premiers qui désapprouvaient trois choses : la mise au ban de la religion de « l’espace public », à savoir de la société, et qui fondait ce qu’un célèbre professeur et directeur de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, l’historien Fustel de Coulange entendait par la Cité antique, un culte religieux de la famille et de l’Etat, dans la vie et la mort ! En ce sens, il n’y a pas des civilisations, mais une seule, certainement idéale, dont Platon nous dit qu’il est indécis qu’elle se trouve sur terre ou dans le Ciel ! L’opposé en est la barbarie que nous expérimentons à chaque instant, parce qu’elle est une descente aux Enfers !

La seconde chose est l’incapacité de comprendre un homme réel indépendamment d’une idée abstraite que l’on se fait de lui, calquée sur nos propres désirs limités, mais comme souvent chez des enfants, capricieux ! La formule conservatrice que nul n’a rencontré l’Homme des Droits affirmés par les tribuns et receveurs d’impôts, mais des hommes réels ayant des droits et des devoirs particuliers, ressemble à ce hadith que l’important pour un propriétaire ou quelqu’un qui choisit un terrain est d’être en amitié avec ses voisins immédiats, avant de se gonfler de l’idée du genre humain ! Qui n’a que des amis, n’a pas d’amis, aurait enseigné Aristote ! La troisième est, selon la caricature européenne classique des Français, l’impertinence de vouloir être la mesure du genre humain.

Une conception renverse cette manière assez maçonnique de tout vouloir enfermer dans des instruments de mesure géométrique, en torturant le bon sens par des équerres et des compas ! Et M. le ministre ne protesterait pas si on lui rappelait que son prédécesseur M. le Président de la République, soutenait, lors de la célébration de la fondation de cette secte londonienne de 1723 condamnée par les religions monothéistes, faut-il-le souligner, que « la Franc-maçonnerie était chez elle au ministère de l’intérieur ». M. de Villepin, alors au Quai d’Orsay adoptait un ton analogue plus lyrique pour exalter l’œuvre de ces démolisseurs du genre humain et rebelles contre l’autorité divine, et dont les Etats-Unis furent le premier terrain d’expérience à large échelle, ultra génocidaires et premiers atomiseurs !

Ce que M. Claude Guéant ne supporte pas, sans le dire franchement, car la dissimulation est le corollaire de la rage et de la cruauté jacobine – à évoquer l’Histoire de France - c’est non pas le Nikab ou les prières de rue, - ça c’est pour l’électorat -, mais le refus quasi universel, des Maoris au festival de Bayreuth, à Mesched ou à Qom, de séparer l’Eglise et l’Etat, Dieu et la morale, la morale de la politique, comme le disait si bien Jean-Jacques Rousseau qui eût désapprouvé la France des guillotines, ou des aventures coloniales, la France mandataire perpétuellement « en partance pour la Syrie », selon une chanson populaire sous le Second Empire du neveu de Napoléon qui avait servi d’hymne national, la France qui oblige une fille iranienne travaillant dans ses services, comme j’en ai eu le témoignage direct, à se débarrasser du hidjeb, comme elle expulsait les religieux de son territoire, il y a à peine un siècle !

En fait s’il n’y a pas de place pour deux, comme dit la comédie, et M. le ministre est un personnage de cette comédie humaine dont Balzac et le dessinateur Daumier ont tiré des portraits, cette dualité réprouvée est pourtant celle du plan naturel et surnaturel : la civilisation n’est pas une lente montée de primates à l’assaut du ciel, comme on parlait des Titans de la Grèce ancienne escaladant la montagne de l’Olympe, non, elle est un don céleste accordé à ceux qui l’acceptent. Elle vient d’en haut, et selon les terrains, elle produit ou non une culture féconde. Evidemment, la civilisation n’est pas la liberté de la nature, ce que prétend le Naturalisme : en commentant un disciple de Léonard de Vinci, certain peintre délicieux nommé Bernardino Luini, le cardinal Borromée désigne cet espace mi-humain mi-divin de la civilisation, traduisible en Esthétique, qui est l’écho d’un principe d’unité transcendantale, dont la beauté pure sensible, et non pas l’abstraction lourde et en réalité grossière, est le signe : « La beauté de la Vierge Mère est d’autant plus admirable que ce beau visage, ce visage vénérable exclut toute lascivité, si bien que vous pouvez admirer avec quel art le peintre a séparé, de son pinceau, ce que la nature a presque toujours réunies, et les a repoussées très loin l’une de l’autre. »

Revenons du Ciel et de l’Italie des confins autrichiens au pays des droits de l’Homme : M. le candidat Hollande critique le ministre de l’intérieur qui apporterait des problèmes, alors que lui, socialiste et fonctionnaire soumis aux règlements de carrière, propose des solutions. Celle d’inscrire, par exemple, la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, promulguée en 1905, dans la Constitution ! Si c’est cela la civilisation, on comprend pourquoi le héros Siegfried de l’opéra d’Allemagne ou Roustan du Shah Nameh d’Iran seraient tenus par l’homme de la place Beauvau comme des barbares, sans compter les Arabes, en Libye et en Syrie, refusant de s’engager dans les légions étrangères otanisées, les Ivoiriens qui n’applaudissent pas la Licorne tricolore passant par les tunnels creusés entre l’Ambassade et le Palais présidentiel. Qu’il reste fier de sa civilisation, et il mérite un triple B, lui dirait la Chancelière venue surveiller les dépenses des civilisés !

 
 
 
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